Pourquoi craignons-nous le dernier changement?

Parce que personne ne nous a raconté ce qui lui est arrivé après ce changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne nous écrit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal là où il est allé, nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en est de même des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quittés. Si nous ne pouvons savoir ni ce qui arrivera après la mort, ni ce que nous étions avant cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donné de le savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'âme. Et l'âme ne peut avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe.

3

«De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la conscience, ou elle est, conformément à la légende, simplement un changement et la migration de l'âme d'un endroit dans un autre. Si la mort est la destruction complète de la conscience, et qu'elle est pareille à un sommeil profond sans rêves, elle est un bienfait incontestable, car chacun n'a qu'à se rappeler une nuit passée dans un tel sommeil sans rêves et à la comparer aux autres jours et aux autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquiétudes et désirs non satisfaits, éprouvés tant en réalité qu'en rêves, et je suis persuadé que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que les nuits sans rêves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la considère, quant à moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on espérer un bonheur plus grand que de vivre parmi ces êtres? J'aurais voulu mourir, non pas une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pénétrer dans cet endroit.

«De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en général, ne doivent craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu'à se souvenir d'une chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni dans la mort.»

(Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal.)

4

Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel ne peut croire à la mort; il ne peut croire à l'arrêt de ce perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparaître, cela ne peut que se modifier.

5

La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La conscience de cette vie s'arrête; je le vois sur ceux qui meurent. Mais que devient ce qui était la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis le savoir.