De même que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'âme consume la vie du corps. Le corps brûle sur le feu de l'âme et se consume entièrement lorsque la mort vient. La mort détruit le corps de même que les constructeurs détruisent les chantiers, quand le bâtiment est prêt.
Le bâtiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et l'homme qui a construit son bâtiment spirituel se réjouit en mourant de voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.
4
Tout au monde pousse, fleurit et revient à sa racine. Ce retour est le retour conforme à la nature. La conformité avec la nature signifie l'éternité; c'est pourquoi la destruction du corps ne présente aucun danger.
LAO-TSEU.
5
L'homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont son corps l'empêchait, se réjouit d'en être libéré. Et la mort n'est qu'une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d'une fois, consiste dans la séparation possible de l'âme du corps, et dans la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l'homme qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que possible par la domination du corps, s'en trouve mécontent au moment où cette libération est prête de se réaliser. C'est pourquoi, malgré tout le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais atteindre durant toute ma vie.
(Du discours d'adieu de Socrate à ses élèves.)
6
L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, croître, prendre des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir.