«Ma chère, quand est-ce que vous me râperez du tabac?

—Dès que j'en aurai le temps, je le râperai.

—Que dites-vous?

—Je le râperai aujourd'hui.

—Ma chère, si vous ne vouliez pas me servir, il fallait le dire plus tôt, je vous aurais depuis longtemps donné votre congé.

—Eh! donnez-le, on n'en pleurera pas,» grommela Gacha entre ses dents.

A ce moment, le médecin lui fit les gros yeux pour la faire taire; mais elle le toisa avec tant de colère et d'un air si décidé, qu'il baissa la tête et se mit à jouer avec sa clé de montre.

«Vous voyez, mon cher, dit grand'mère à mon père, lorsque Gacha sortit de la chambre en marmottant toujours, vous voyez comme on ose me parler dans ma maison?

—Mais permettez-moi, maman, de vous râper moi-même votre tabac, dit papa, que cet appel inattendu semblait jeter dans un grand embarras.

—Je vous remercie, non, cela ne se peut pas. Si elle est aussi insolente, c'est qu'elle sait bien qu'elle seule peut me râper mon tabac à mon goût. Savez-vous, mon cher, continua grand'mère après un silence d'une minute, que vos enfants ont failli mettre le feu à la maison?»