—Je lui ai permis d'aller voir des amis, repartit mon père.

—Ce n'est pas une raison, il doit toujours être ici.... Ces enfants ne sont pas à moi, mais à vous, et je n'ai pas le droit de vous donner des conseils, parce que vous êtes plus sage que moi;—mais il me semble qu'il est temps qu'ils aient un précepteur, et non plus un menin, un paysan allemand.... Oui, un paysan ignorant qui ne saura leur enseigner que de mauvaises manières et des chants tyroliens. Je vous demande un peu, vos enfants ont-ils besoin de savoir répéter des chants tyroliens?... Mais à quoi bon parler de ces choses?... A présent, il n'y a plus personne pour penser à tout cela, et vous pouvez faire comme bon vous semble.»

A présent voulait dire: maintenant que notre mère était morte; ces paroles évoquèrent de douloureux souvenirs dans le cœur de grand'mère; elle baissa les yeux sur la tabatière ornée du portrait de maman et devint rêveuse.

«Il y a longtemps que je pense moi-même à cela, se hâta de dire mon père, et je voulais vous demander ce que vous en pensiez, maman; si je leur donnais pour gouverneur Saint-Jérôme qui leur donne des leçons au cachet?...

—Tu ferais très bien, mon ami, dit grand'mère, d'une voix toute changée. Saint-Jérôme est au moins un gouverneur qui comprend comment on doit élever des enfants de bonne maison, et non pas un simple menin, qui n'est bon qu'à les accompagner à la promenade.

—Dès demain j'arrangerai tout cela,» répondit mon père.

Deux jours après cette conversation, Karl Ivanovitch céda sa place à un jeune petit-maître français.


[CHAPITRE XVIII]

L'HISTOIRE DE KARL IVANOVITCH