La leçon de calligraphie suivit; mes larmes, en tombant sur le papier, firent de si grosses taches, qu'on eût dit que j'avais écrit avec de l'eau sur du papier de soie.
Karl Ivanovitch se fâcha, me fit mettre à genoux et me reprocha mon entêtement; il déclara que je faisais semblant d'être affligé, et me menaça de sa règle si je ne demandais pas pardon. Mais je ne pouvais rien dire, tant les larmes m'étouffaient.
Enfin, sentant qu'il s'était emporté à tort, il sortit de la salle d'étude, entra dans la chambre de notre menin en tapant la porte derrière lui, et la laissa entre-bâillée.
Je sortis doucement de mon coin et me mis aux aguets. Je surpris ainsi la conversation suivante:
«Sais-tu, Nicolas, que les enfants vont à Moscou?
—Ah! oui, je le sais.
—Faites du bien aux autres, attachez-vous à eux, mais n'attendez pas de la reconnaissance,» reprit Karl Ivanovitch d'une voix vibrante.
Notre menin, Nicolas, assis à la fenêtre où il réparait de la chaussure, hocha la tête en signe d'assentiment.
«Je suis resté douze ans dans cette maison, continua Karl Ivanovitch, en levant les yeux et sa tabatière vers le ciel, et je peux dire que je les ai aimés, et que j'ai pris plus de peine pour eux que s'ils eussent été mes propres enfants. Tu te rappelles, Nicolas, quand Volodia a eu le typhus? j'ai passé neuf jours à son chevet, sans fermer les yeux. Ah! oui, alors j'étais «le bon», «le cher» Karl Ivanovitch; alors on avait besoin de moi, et j'étais utile à quelque chose! Et maintenant, ajouta-t-il avec un sourire amer, maintenant: «Les enfants sont devenus grands; ils doivent commencer des études sérieuses.» Comme s'ils n'apprenaient rien avec moi, Nicolas!
—Que peuvent-ils apprendre de plus? je me le demande, dit Nicolas, en posant son alène et en tirant des deux mains les ligneuls.