ON REÇOIT DE NOUVEAU

Au bout de la première année de deuil, grand'mère commença à se remettre un peu de la douleur qui l'avait accablée et donna de temps en temps de petites réceptions, invitant de préférence des enfants de notre âge.

Elle invita à dîner, pour fêter le jour de naissance de ma sœur, la princesse Kornakova avec ses filles, Madame Valakine avec Sonitchka, Ilinka Grapp et nos deux jeunes amis Ivine.

Toute la société était déjà réunie au salon, et le murmure des voix, des éclats de rires, le bruit des allées et venues montaient jusqu'à notre salle d'étude au premier. Nous ne pouvions descendre avant la fin de nos leçons.

Sur le tableau suspendu dans notre chambre de classe nous pouvions lire: Lundi, de deux à trois heures, maître d'Histoire et de Géographie.

Et nous devions rester là jusqu'à l'arrivée de notre professeur, prendre la leçon, le reconduire, avant d'être libres.

Il était déjà deux heures et vingt minutes, et le maître d'histoire ne faisait pas son apparition dans la rue. Je le guettais de la fenêtre avec un secret et vif désir de ne pas l'apercevoir.

«On dirait que M. Lebedeff (le professeur d'histoire) ne viendra pas aujourd'hui? dit Volodia en posant pour une minute le livre où il apprenait sa leçon.

—Je le souhaite de tout mon cœur, répondis-je ..., car je ne sais rien. Mais il me semble que je l'entends....» ajoutai-je sur un ton de déception.

Volodia se leva et s'approcha de la fenêtre.