Dans ce moment, je me figurais que l'unique but de Saint-Jérôme dans cette vie était de trouver un prétexte pour me punir.
Sous l'influence de ces mauvaises pensées, je perdis la faculté de réfléchir, et, lorsque Saint-Jérôme revint et, s'approchant de moi, me dit que je n'avais pas le droit de me trouver au salon, que je devais monter immédiatement, à cause de ma conduite pendant la leçon d'histoire et de la mauvaise note que j'avais reçue, je lui tirai la langue en déclarant que je ne sortirais pas du salon.
Au premier moment, mon gouverneur ne trouva pas un mot, saisi de stupéfaction et de colère.
«C'est bien!» dit-il enfin, et il me prit le bras.
«Je vous ai déjà menacé plus d'une fois du châtiment dont votre grand'mère a voulu vous sauver; mais je vois qu'il n'y a que la verge qui puisse vous faire obéir; aujourd'hui vous l'avez richement méritée....»
Il prononça cette sentence si haut que tout le monde l'entendit.
Le sang afflua vers mon cœur avec une force extraordinaire; je sentais ses battements, je sentais que mes joues pâlissaient et qu'un tremblement convulsif agitait mes lèvres.
Je devais être terrible à voir; Saint-Jérôme, évitant mon regard, s'approcha vivement de moi et s'empara de ma main; mais, à peine eus-je senti le contact de ses doigts, que je fus pris d'une telle irritation que ma fureur ne connut plus de bornes; j'arrachai ma main de son étreinte et je lui appliquai un coup, de toute ma force d'enfant.
«Mais qu'est-ce qui te prend? me dit à l'oreille Volodia, saisi d'effroi et de stupeur devant cet acte de rébellion.
—Laisse-moi, lui criai-je à travers mes larmes; personne de vous ne m'aime ... vous ne comprenez pas combien je suis malheureux! Vous êtes tous vilains!» ajoutai-je, dans une sorte de délire, en m'adressant à toute la compagnie.