Quand je traversai la salle d'étude, Katienka, Lioubotchka et Volodia me regardèrent exactement comme nous regardions les prisonniers qu'on menait tous les lundis sous nos fenêtres; l'expression était tout à fait la même.
Grand'mère était assise dans son fauteuil; quand je m'approchai d'elle pour lui baiser la main, elle la retira sous sa mantille en détournant la tête.
Il y eut un assez long silence, durant lequel grand'mère m'examina de la tête aux pieds, en fixant sur moi un regard si scrutateur, que je ne savais où mettre mes yeux, ni que faire de mes bras. Enfin elle prit la parole:
«Oui, mon cher, je peux dire que vous vous montrez sensible à mon amour et que vous êtes pour moi une véritable consolation; monsieur Saint-Jérôme, qui, à ma demande—continua-t-elle en traînant sur chaque mot,—a bien voulu se charger de votre éducation, ne veut plus rester dans ma maison. Pourquoi? A cause de vous, mon cher.»
Il y eut une pause très courte, et elle reprit d'un ton qui ne permettait pas de douter que ce speech n'eût été préparé d'avance:
«J'avais espéré que vous lui seriez reconnaissant pour ses soins et ses peines, et que vous sauriez apprécier ses services, mais vous! un gamin! vous avez osé lever la main sur lui.... Très bien! Fort beau! Je commence à croire aussi que vous n'êtes pas capable d'apprécier les bonnes manières et que, pour vous, il faut avoir recours à d'autres procédés plus humiliants.... Demande pardon, tout de suite, dit-elle d'une voix sévère et impérieuse, en indiquant Saint-Jérôme:—Tu entends ce que je te dis?»
Je suivis des yeux la direction que prenait la main de grand'mère, et, ayant aperçu la redingote de Saint-Jérôme, je me détournai sans bouger de ma place. Je sentais mon cœur défaillir.
«Eh bien! vous n'entendez pas ce que je dis?»
Je tremblais de tout mon corps, mais je ne fis pas un mouvement.
«Colas! dit grand'mère, qui avait évidemment deviné mes souffrances intérieures,—Colas! répétà-t-elle d'une voix plutôt tendre qu'impérative. Est-ce bien toi?