—Ah! tu ne sais pas ce qui t'a pris? Tu ne sais pas?... tu ne sais pas ... tu ne sais pas!... répétait-il en me tirant l'oreille à chaque mot: Tu apprendras à l'avenir à fourrer ton nez où il n'a rien à faire? Tu apprendras ... tu apprendras....»

Bien que je ressentisse une vive cuisson à l'oreille, je ne pleurais pas, j'éprouvais même un sentiment de bien-être moral. A peine eut-il lâché mon oreille, que je saisis sa main et je la couvris de baisers en fondant en larmes.

«Frappe-moi encore, dis-je à travers mes sanglots, encore plus fort, que cela me fasse encore plus mal, je suis un vaurien, un vilain, un malheureux....

—Qu'as-tu? me dit-il en me repoussant avec douceur.

—Non, je ne m'en irai pas, pour rien au monde, dis-je en m'accrochant à sa redingote; tout le monde me hait, je le sais; mais, pour l'amour de Dieu! écoute-moi, défends-moi ou chasse-le! Je ne peux pas vivre avec lui, il s'ingénie de toutes manières pour m'humilier; il m'ordonne de me mettre à genoux devant lui, il veut me fustiger. Je ne peux pas supporter cela; je ne suis plus un tout petit garçon, je ne le supporterai pas, je mourrai.... Il a dit à grand'mère que je suis un vaurien, et maintenant elle est malade ... elle mourra à cause de moi ... je t'en prie ... fais-moi donner le fouet ... mais,—qu'on ne me ... tourmente ... plus....»

Les larmes m'étouffaient. Je me laissai tomber sur le divan, n'ayant plus la force de parler, et ma tête se renversa sur les genoux de mon père; il me semblait que j'allais mourir.

«Mais d'où vient tout ce désespoir, mon gros joufflu? dit mon père d'un ton compatissant et en se penchant sur moi.

—Il est mon tyran,... il me tourmente ... j'en mourrai ... personne ne m'aime!» eus-je à peine la force de dire. Les derniers mots se perdirent dans des convulsions.

Papa me prit dans ses bras et me porta dans ma chambre à coucher.

Je tombai dans un profond sommeil.