—Moi, je comprends, reprit maman; il m'a raconté qu'un de tes chasseurs a lancé les chiens sur lui, et il te prie de ne pas le punir.

—Ah! c'est ce qu'il veut dire!... Mais qui lui fait croire que j'aurais envie de le punir? Tu sais que je ne suis pas grand amateur de cette engeance, ajouta-t-il en français; celui-ci surtout ne me revient pas, il doit être....

—Ah! ne dis pas cela, mon ami, dit ma mère en l'interrompant comme pour l'avertir d'un danger, qu'en sais-tu?

—Il me semble que j'ai eu assez souvent l'occasion d'observer cette espèce de gens; tu en reçois un si grand nombre, et ils sont tous taillés sur le même modèle ... ils chantent tous la même histoire....»

Il était facile de voir que maman pensait tout autrement sur ce sujet, mais elle s'abstint de toute remarque.

«... Non, cela me fâche,... continua papa en prenant le plat de petits pâtés, et le tenant, par distraction, hors de l'atteinte de ma mère,... cela me fâche quand je vois des personnes instruites, intelligentes, se laisser prendre pour dupes....»

Il donna un coup sur la table avec le manche de sa fourchette.

«Je t'en prie, passe-moi un pâté, reprit-elle, en tendant la main.

—Ceux qui mettent ces hommes en prison font bien, continua mon père; ils ne servent qu'à donner sur les nerfs de personnes qui sont déjà malades sans cela....»

Puis, voyant que ces réflexions étaient désagréables à maman, il lui tendit le petit pâté en souriant.