Cette poésie, copiée en belle écriture ronde sur une feuille de papier mince, me plut beaucoup à cause des sentiments touchants qu'elle exprimait. Je l'appris par cœur, et je résolus de la prendre pour modèle. A partir de ce moment, mon travail devint moins pénible.

Lorsque le jour de la fête de grand'mère arriva, j'étais venu à bout d'une félicitation en douze vers. Il me restait à la copier sur beau papier vélin. Je m'assis à la grande table de la salle d'étude, dans cette intention.

J'avais déjà gâché deux feuilles de papier, non en corrigeant mes vers, je les trouvais bien tournés, mais parce que, dès le troisième vers, les lignes montaient au grenier de plus en plus, et tant et si bien, qu'on voyait de loin que c'était écrit obliquement et que cela ne valait rien.

La troisième feuille ne fut pas tracée plus droit, mais cette fois j'étais bien décidé à ne pas recommencer.

Dans ces vers je félicitais grand'mère, je lui souhaitais une longue vie, et je concluais ainsi:

«Nous tâcherons de vous consoler,
Et nous vous aimons comme une réelle mère.»

Je répétai à voix basse:

«Et nous vous aimons comme une réelle mère....»

Le vers me déplut, et je cherchai en vain une autre rime.

Bah! me dis-je, ça passera toujours ... en tous cas mes vers sont meilleurs que ceux de Karl Ivanovitch. Je copiai le dernier vers sans y rien changer.