A nos éclats de rires succéda un moment de silence, et l'on n'entendit plus dans la chambre que la respiration embarrassée de notre victime.
En ce moment je n'étais pas tout à fait sûr que cet amusement fût drôle et gai.
«Maintenant tu es un brave!» prononça Serge en donnant une claque au patient.
Ilinka Grap ne disait rien et s'efforçait de se délivrer en donnant des coups de pied dans toutes les directions. Dans un de ces mouvements désespérés, son talon atteignit Serge à l'œil, et si fortement, que des larmes involontaires jaillirent, et que mon ami lâcha sa victime et porta la main à ses yeux, tout en poussant Grap de l'autre main de toutes ses forces. Celui-ci, n'étant plus soutenu que par nous, tomba lourdement par terre comme inanimé et dit d'une voix étouffée par les larmes:
«Pourquoi me tourmentez-vous de la sorte?»
Le pauvre Ilinka, le visage en larmes, les cheveux ébouriffés, le pantalon retroussé sous lequel passaient les tiges de bottes non cirées, avait une mine si piteuse, que nous en fûmes frappés; nous restâmes silencieux et nous nous efforçâmes de sourire.
Serge fut le premier à se remettre.
«Voilà un pleurnicheur, une vraie demoiselle, dit-il en le touchant légèrement du bout du pied; il ne sait pas jouer.... Assez, levez-vous!
—Oui, tu es un vilain gamin, répéta Ilinka d'un ton fâché, et, se détournant, il se mit à sangloter à haute voix.
—Ah! ah! il donne des coups de talon et c'est encore lui qui dit des injures!» cria Serge en saisissant un dictionnaire qu'il brandit sur la tête du malheureux; celui-ci ne songeait pas à se défendre et se bornait à cacher sa tête entre ses mains.