—Mais, Volodia, répondis-je d'une voix piteuse, en lui montrant ma main dont deux doigts disparaissaient dans le gant sale, Volodia, toi, tu n'as pas pensé à cela?

—A quoi? dit-il, impatienté. Ah! à des gants! ajouta-t-il d'un air impassible en regardant ma main.—Non, c'est vrai, je n'y ai pas songé; il faut demander à grand'mère ce qu'elle en pense....»

Et, sans se mettre en souci, il courut en bas des escaliers.

Le sang-froid avec lequel il parlait d'une chose qui me paraissait d'une si grande importance, me tranquillisa un peu; je me rendis à la hâte au salon, oubliant tout à fait que j'avais ce gant mutilé sur la main gauche.

Je m'approchai à la dérobée du fauteuil de grand'mère, et, la tirant doucement par sa mantille, je lui dis à voix basse:

«Grand'mère, que faut-il faire, nous n'avons pas de gants?

—Quoi, mon ami?

—Nous n'avons pas de gants, répétai-je en me serrant contre elle et en posant les mains sur les bras du fauteuil.

—Et ça qu'est-ce que c'est? reprit grand'mère en saisissant ma main gauche.

—Voyez, ma chère, dit-elle en s'adressant à Mme Valakhine, voyez comme ce jeune homme s'est fait beau pour danser avec votre fille?»