S'il y a une différence entre celui qui professe publiquement l'orthodoxie et celui qui la nie, ce n'est pas en faveur du premier.
Alors comme à présent, l'aveu et la pratique ostensible de l'orthodoxie se rencontrent, dans la plupart des cas, chez des personnes bornées, cruelles, immorales et se croyant une grande importance, tandis que l'intelligence, l'honnêteté, la franchise, la bienveillance et la morale se trouvent généralement parmi les hommes qui se disent incrédules.
On enseigne le catéchisme dans les écoles et on envoie les écoliers à l'église; on exige des employés du gouvernement des certificats de communion. Mais l'homme de notre société, qui n'apprend plus et qui n'est pas au service du gouvernement, maintenant et autrefois encore plus, peut vivre des années et des années sans se rappeler une seule fois qu'il vit parmi des chrétiens et que lui-même est considéré comme pratiquant la religion chrétienne orthodoxe.
Alors, de même que maintenant, ce qui a été admis sans examen et maintenu par la pression, fond sous l'influence du savoir et de l'expérience de la vie, qui sont contraires à la Religion. Et cependant l'homme vit, souvent très longtemps, en s'imaginant que la foi, dans laquelle il a été instruit dans son enfance, vit pleinement en lui, tandis qu'il n'y en a plus de traces depuis longtemps.
S..., un homme franc et spirituel, m'a raconté comment il cessa de croire.
Il avait vingt-six ans, lorsqu'un jour à la chasse, pendant l'heure du repos, il se mit à prier suivant une habitude d'enfance.
Son frère, qui chassait avec lui, était couché sur le foin et le regardait. Quand S... eut fini sa prière et se disposa à se coucher, son frère lui dit:
—Et tu fais cela encore à présent?
Et ils ne se dirent rien de plus. Mais S... ne pria plus depuis ce jour, et voici trente ans qu'il ne prie pas, ne communie pas et ne va pas à l'église. Et cela, non parce qu'il connaît les convictions de son frère et qu'il les a adoptées; non parce qu'il a décidé quelque chose dans son âme, mais seulement parce que la parole prononcée par son frère a été comme la légère poussée du doigt sur un mur près de tomber, entraîné qu'il est par son propre poids. Cette parole ne fit que lui montrer que l'endroit où il supposait que la Religion résidait, était une place vide depuis longtemps et qu'ainsi les paroles qu'il disait, les croix et les saluts qu'il faisait pendant sa prière, n'étaient que des actions sans le moindre sens. Ayant saisi leur absurdité, il ne put les continuer.
C'est ainsi que cela arrive et que cela est arrivé, je crois, pour la majorité des hommes de notre éducation. Je parle des hommes sincères envers eux-mêmes et non de ceux qui font de la Religion un moyen d'atteindre n'importe quel but éphémère.