Dans ces derniers temps j'eus un rêve.

Ce rêve m'exprima dans une image brève tout ce que j'ai ressenti et décrit; c'est pourquoi je pense que cette description rafraîchira la mémoire de ceux qui m'ont compris, éclaircira et réunira en un tout ce que ces pages racontent d'une manière si longue.

Voici ce rêve:

«Je suis couché sur un lit, je ne m'y sens ni bien ni mal; je suis couché sur le dos. Mais je commence à me demander si je suis bien couché; et voilà que quelque chose me paraît incommode aux pieds: ou ma couche est trop courte, ou elle est inégale, je ne saurais le dire; mais ce n'est pas bien; je remue les pieds.

En même temps je commence à examiner sur quoi je suis couché, ce qui ne m'était jamais venu à l'esprit jusqu'alors.

En examinant mon lit, je vois que je suis couché sur des lisières en fines cordes tressées, qui sont assujetties aux côtés du lit. La plante de mes pieds pose sur une de ces lisières; les jambes sur une autre; et je sens qu'aux pieds il y a quelque chose d'incommode.

Je sais qu'on peut remuer ces lisières. Par un mouvement des pieds, je repousse la dernière lisière et il me semble que je vais être mieux ainsi. Mais je l'ai repoussée trop loin, je veux la ressaisir avec les pieds; mais ce mouvement fait glisser de dessous mes pieds l'autre lisière et voilà que mes pieds restent suspendus.

Je fais un mouvement de tout mon corps pour en venir à bout, persuadé que je m'arrangerai tout de suite; mais ce mouvement fait glisser et s'entremêler sous moi encore d'autres lisières, et je vois que l'affaire va de mal en pis, que mes membres inférieurs descendent et restent penchés, tandis que les pieds n'arrivent pas jusqu'à terre.

Je me soutiens par le haut du dos seulement et, outre son incommodité, cette position me devient pénible, Dieu sait pourquoi. Ce n'est qu'ici que je me demande ce qui avant ne m'était même pas venu à la tête. Je me demande: où suis-je, et sur quoi suis-je couché? Et je commence à me retourner; avant tout je regarde en bas, là où est penché mon corps et où je sens que je dois tomber tout de suite; je regarde en bas et je ne puis en croire mes propres yeux. Ce n'est pas que je sois sur une hauteur pareille à la plus haute tour ou à la plus haute montagne du monde, mais je suis sur une hauteur comme je n'aurais jamais pu me l'imaginer.