TITINE.

Il attend apres votre secours,

BRUTE.

D'où provient ce malheur, fay nous en le discours.

TITINE.

Soudain que le signal fit partir nos armées,
On les vit pesle & mesle au combat animées;
Car l'honneur excité par le feu du courroux,
Les faisoit à l'envy precipiter aux coups:
Nostre Chef le premier au milieu de la presse
Estale sa valeur, signale son adresse:
L'ennemy voit par tout des effets de son bras,
Et la mort suit toujours la trace de ces pas;
Chacun à son exemple alume son courage,
Avec tant de ferveur, qu'il va jusqu'à la rage.
L'ennemy s'en estonne, & son esprit en deüeil
Tremble que ces desseins ne trouvent un escueil:
La mort volle par tout, le sang avec les larmes
En mille endroits divers se mesle en ces alarmes.
Tout fremit, tout se plaint, les morts & les blessez,
Gisent confusement l'un sur l'autre entassez.
Dans ce sanglant carnage icy l'un s'evertuë
D'arracher de son corps la fleche qui le tuë,
Et là l'autre retient par de foibles efforts
Son sang que mille coups font sortir de son corps.
Nous nous vantions déja d'une heureuse victoire,
Quand l'ennemy fasché de voir perdre sa gloire,
Et de se voir presser avec tant de fureur,
Ralume dans le sang sa premiere vigueur:
Ce fut lors que la mort en mille endroits pressée
Se craignist elle mesme, & fut souvent blessée.
Ce fut lors que l'Enfer fit voir en abregé
Ce qu'il a de plus noir & de plus enragé.
Ce fut lors qu'on craignit que le Ciel en colere
Voulut noyer de sang l'un & l'autre Emisphere,
Et que Bellonne mesme herissant ses cheveux
Arresta sa fureur pour recourir aux voeux:
L'asseurance & la peur à travers la fumée
Repasserent cent fois de l'une à l'autre armée,
Et la victoire errant en ce danger mortel
Douta qui resteroit pour luy faire un Autel.
Fort long-temps ce combat dura de cette sorte,
Sans que l'un soit vainqueur, ny que l'autre l'emporte:
Mais en fin nos soldats se sentans fort pressez,
Et des premiers efforts extremement lassez:
Malgré tous les conseils que nostre Chef leur donne
Laissent choir en fuyant leur premiere Couronne,
L'ennemy les poursuit, & peint avec leur sang,
En mille, en mille endroits la honte sur leur flanc,
Jusqu'à ce que craignant qu'ils tournassent visage,
Et que le desespoir leur rendit le courage,
Anthoine commandat que l'on se retirat,
Content d'avoir gagné la place du combat:
Cassie craint depuis qu'une mesme avanture
Vous ait fait dans le sang trouver sa sepulture,
Ou que pour eschaper aux Tyrans des Romains,
Vous ayez contre vous armé vos propres mains:
C'est pourquoy son esprit touché de mesme envie,
A destiné ce jour pour la fin de sa vie;
Et si vous desirez d'avancer son trespas,
Il faut partir bien-tost, & marcher à grands pas.

BRUTE.

La nonchalance icy seroit bien criminelle,

TITINE.

Je m'en vay luy porter cette heureuse nouvelle.