OCTAVE.

Tous ceux qui comme nous combatent pour la gloire,
Se peuvent asseurer d'emporter la victoire,
Les Dieux ne choquent point un dessein genereux,
A plus forte raison quand il n'est que pour eux,
La mort du grand Cæsar appele leurs justices,
A punir son autheur avec tous ses complices,
Et je croy qu'à l'instant que ce coup fut donné
Contre les criminels leur cholere eust trouvé,
S'ils eussent peu choisir la flamme d'un Tonnerre,
Qui n'eust pas avec eux bruslé toute la terre:
Mais ne pouvans agir avec un moins puissant,
Ny perdre ces meurtriers sans perdre l'innocent;
Ils veulent que nos mains en fassent la vengeance,
Et purgent ce païs de cette noire engeance,
Déja leur volonté s'explique heureusement,
Et vostre valeur fait ce doux evenement.

ANTHOINE.

Vos voeux mieux que mon bras me l'ont rendu possible.

OCTAVE.

Ha cette flatterie est un peu trop visible!
Chacun sçait comme quoy vous avez combatu;
Mais un coeur genereux doit cacher sa vertu.

ANTHOINE.

C'est pourquoy tous les jours vous nous cachez la vostre.

OCTAVE.

Je vous respondroy bien si vous estiez un autre,
Mais dans les complimens comme dans les combats,
Il faut à vostre abord mettre les armes bas.