A moy donc compagnons, & qu'on garde les rangs.

SCENE II.

PORCIE, sa Compagne.

PORCIE.

Qu'ay-je fait qui merite un traitement si rude?
Quel tourment est égal à mon inquietude?
Morphée tous les soirs m'ouvre mille tombeaux;
La terre fend sous moy, je n'entends que corbeaux:
Et ce qui vient encore augmenter mes supplices,
Je lis mon mauvais sort dans tous mes sacrifices.
Que puis-je devenir, ou dois-je avoir recours?
Puis que mesme la mort est sourde à mes discours?
Mets fin à mes malheurs, Deesse qui sommeilles,
Mais je l'appele en vain, elle n'a point d'oreilles.
Et quand elle en auroit, son inhumanité
Ne prend jamais la loy de nostre volonté;
Et moy je veux mourir, c'est mon dernier remede:
Mais pour trouver la mort, ay-je besoin d'un aide?
Ce bras ne peut-il pas enfoncer dans mon sein,
Ce qui doit achever un genereux dessein?
Sans doute, & si les Dieux ne cessent de nous nuire,
Je leur espargneray le soin de me destruire,
Afin que par ce coup l'Univers puisse voir,
Qu'une ame genereuse est hors de son pouvoir,
Et qu'elle peut trouver nonobstant leur envie,
L'honneur, la liberté, le repos & la vie.

LA COMPAGNE.

Pourquoy murmurez-vous contre les immortels,
Au lieu que vous deussiez embrasser leurs autels,
Et par le zele ardent d'une sainte priere,
Demander à genoux la victoire derniere:
Madame, apaisez-vous, rappelez la raison,

PORCIE.

Toy bannis ces discours qui sont hors de saison,
Et s'il te reste encore quelque peu d'esperance,
De voir nos gens vainqueurs, démentir l'aparence,
Va jouyr du plaisir de les voir revenir,
Et me laisse en ce lieu seule m'entretenir,
Tu peux beaucoup pour moy dans cette obeïssance.

LA COMPAGNE.