OCTAVE, MARC ANTHOINE, Leur suite.
OCTAVE.
Qu'on pardonne aux Romains, qu'on cesse le carnage,
Il suffit que sur eux nous avons l'avantage,
Tout est déja reduit au poinct de nos desirs,
Et bien-tost les travaux feront place aux plaisirs;
Rome nous reverra comblez d'heur & de gloire,
Non tant pour les lauriers deus à cette victoire,
Mais pour avoir vengé l'insolent attentat,
Qu'en meurtrissant Cæsar, on fit sur son Estat.
MARC ANTHOINE.
Le temps est oportun, l'occasion est belle,
Pour chastier l'orgueil de ce peuple rebelle,
Allons jusques au bout, poursuivons nostre effort,
Et taschons d'avoir Brute ou prisonnier ou mort.
SCENE IV.
BRUTE, STRATON, deux amis de Brute.
BRUTE.
Puis que nos bons desseins sont veus d'un mauvais Astre,
Il se faut preparer à souffrir ce desastre;
L'impossibilité ne nous oblige point,
L'honneur peut reculer quand il trouve ce point
Et celuy justement perd le titre de sage,
Qui veut choquer du temps l'infaillible passage,
Qui considerera l'ordre de l'Univers,
Il verra chaque jour son visage divers,
Et connoistra par la que quelque providence
Par le seul changement previent sa decadence,
Et qu'ainsi nostre Rome ayant peu se porter
A cét extreme point qu'on ne peut surmonter;
Il faloit que suivant cette regle divine,
Elle redescendit devers son origine;
Tu m'en as fais douter, impuissante vertu,
Et c'est sous ta faveur que Brute a combatu,
Esperant le secours de ta force oportune,
Mais je t'ay veu tomber aux pieds de la fortune,
Je voy bien maintenant que j'eus beaucoup de tort,
Lors que je te donnoy du pouvoir sur le sort,
Puis qu'aux premiers assauts que sa force te donne
Tu luy laisses gagner le champ & la couronne:
Mais je perds vainement en discours superflus,
Des momens qui passez ne se reverront plus:
Profitons-en plûtost, & pendant que l'armée
Couvre tout nostre camp de flame & de fumée,
Que nos Soldats vaincus pratiquent mon conseil,
En suivant du vainqueur le pompeux apareil,
Afin de prevenir un malheur si funeste,
Disposons nos amis à faire ce qui reste.
Genereux compagnons de mes justes projets,
Le Ciel s'est declaré contre l'honneur de Rome,
Il veut que le Tyran ait des Rois pour sujets,
Et que des demy-Dieux fléchissent sous un homme.