A LA MESME SUR SON DEPART LE JOUR DE NOEL.
Il faut me conceder, belle & sage Sylvie,
Que vous imitez mal le grand Maistre du Sort,
Il s'approche aujourd'huy pour me donner la vie,
Et vous vous esloignez pour me donner la mort.
Je voulois approuver par mes chants d'alegresse
Ceux que par tout le monde on faisoit raisonner,
Mais vous voyant partir, l'excés de ma tristesse
Ne me laissa la voix que pour les condamner.
Le respect toutesfois tenant mes levres closes,
Par ces mots seulement j'exprimay mes douleurs;
Helas! faloit-il donc que dans l'ordre des choses
Tout le monde chantast quand je versois des pleurs.
SONNET POUR LA MESME.
Ma flâme est pour Sylvie à tel poinct de constance,
Qu'il n'est rien sous le Ciel qui la puisse ébranler;
Et quoy que mon desir passe mon esperance,
Je mouray mille fois plustost que reculer.
Elle a de la contrainte à m'entendre parler,
Et c'est où mon malheur va jusqu'à l'insolence,
En ce qu'il me contraint à mourir ou brusler,
Ou bien à luy deplaire, ou garder le silence.
Tout s'oppose à mes voeux, rien ne s'arme pour moy,
Le sommeil seulement recompense ma foy,
Flatant ma passion par un si doux mensonge;
Qu'il me semble à tous coups que l'objet de mes voeux
Par des baisers de flâmes authorise mes feux:
Mais je souffre en effect & ne baise qu'en songe.