SOUVENIRS
Deux lacs nègres
Entre une forêt
Et une chemise qui sèche
Bouche ouverte sur un harmonium
C'était une voix faite d'yeux
Tandis qu'il traîne de petites gens
Une toute petite vieille au nez pointu
J'admire la bouillotte d'émail bleu
Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure
Un monsieur en bras de chemise
Se rase près de la fenêtre
En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien
Ça fait tout un opéra
Toi qui te tournes vers le roi
Est-ce que Dieu voudrait mourir encore
L'AVENIR
Soulevons la paille
Regardons la neige
Écrivons des lettres
Attendons des ordres
Fumons la pipe
En songeant à l'amour
Les gabions sont là
Regardons la rose
La fontaine n'a pas tari
Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni
Regardons l'abeille
Et ne songeons pas à l'avenir
Regardons nos mains
Qui sont la neige
La rose et l'abeille
Ainsi que l'avenir
UN OISEAU CHANTE
Un oiseau chante ne sais où
C'est je crois ton âme qui veille
Parmi tous les soldats d'un sou
Et l'oiseau charme mon oreille
Écoute il chante tendrement
Je ne sais pas sur quelle branche
Et partout il va me charmant
Nuit et jour semaine et dimanche
Mais que dire de cet oiseau
Que dire des métamorphoses
De l'âme en chant dans l'arbrisseau
Du cœur en ciel du ciel en roses
L'oiseau des soldats c'est l'amour
Et mon amour c'est une fille
La rose est moins parfaite et pour
Moi seul l'oiseau bleu s'égosille
Oiseau bleu comme le cœur bleu
De mon amour au cœur céleste
Ton chant si doux répète-le
À la mitrailleuse funeste
Qui claque à l'horizon et puis
Sont-ce les astres que l'on sème
Ainsi vont les jours et les nuits
Amour bleu comme est le cœur même
CHEVAUX DE FRISE
Pendant le blanc et nocturne novembre
Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie
Vieillissaient encore sous la neige
Et semblaient à peine des chevaux de frise
Entourés de vagues de fils de fer
Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps
Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent
Les fleurs de l'amour
Pendant le blanc et nocturne novembre
Tandis que chantaient épouvantablement les obus
Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient
Leurs mortelles odeurs
Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine
La neige met de pâles fleurs sur les arbres
Et toisonne d'hermine les chevaux de frise
Que l'on voit partout
Abandonnés et sinistres
Chevaux muets
Non chevaux barbes mais barbelés
Et je les anime tout soudain
En troupeau de jolis chevaux pies
Qui vont vers toi comme de blanches vagues
Sur la Méditerranée
Et t'apportent mon amour
Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue
ô Madeleine
Je t'aime avec délices
Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches
Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent
Si je songe à tes seins le Paraclet descend
Ô double colombe de ta poitrine
Et vient délier ma langue de poète
Pour te redire
Je t'aime
Ton visage est un bouquet de fleurs
Aujourd'hui je te vois non Panthère
Mais Toutefleur
Et je te respire ô ma Toutefleur
Tous les lys montent en toi comme des cantiques
d'amour et d'allégresse
Et ces chants qui s'envolent vers toi
M'emportent à ton côté
Dans ton bel Orient où les lys
Se changent en palmiers qui de leurs belles mains
Me font signe de venir
La fusée s'épanouit fleur nocturne
Quand il fait noir
Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses
De larmes heureuses que la joie fait couler
Et je t'aime comme tu m'aimes
Madeleine
CHANT DE L'HONNEUR
LE POÈTE
Je me souviens ce soir de ce drame indien
Le Chariot d'Enfant un voleur y survient
Qui pense avant de faire un trou dans la muraille
Quelle forme il convient de donner à l'entaille
Afin que la beauté ne perde pas ses droits
Même au moment d'un crime
Et nous aurions je crois
À l'instant de périr nous poètes nous hommes
Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes
Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté
N'est la plupart du temps que la simplicité
Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée
Étaient restés debout et la tête penchée
S'appuyant simplement contre le parapet
J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait
Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes
Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes
Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
Dans les éboulements et la boue et le froid
Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture
Anxieux nous gardons la route de Tahure
J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir
Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure
Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir
Cette nuit est si belle où la balle roucoule
Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule
Parfois une fusée illumine la nuit
C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit
La terre se lamente et comme une marée
Monte le flot chantant dans mon abri de craie
Séjour de l'insomnie incertaine maison
De l'Alerte la Mort et la Démangeaison
LA TRANCHÉE
Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse
Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort
Tapie au fond du sol je vous guette jalouse
Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord
LES BALLES
De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile
Abeilles le butin qui sanglant emmielle
Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle
Provient de ce jardin exquis l'humanité
Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté
LE POÈTE
Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes
Si des fleuves de sang limitent les royaumes
Et même de l'Amour on sait la cruauté
C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté
Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise
Elle porte cent noms dans la langue française
Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là
Que la même Beauté
LA FRANCE
Poète honore-la
Souci de la Beauté non souci de la Gloire
Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire
LE POÈTE
Ô poètes des temps à venir ô chanteurs
Je chante la beauté de toutes nos douleurs
J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux
Donner un sens sublime aux gestes glorieux
Et fixer la grandeur de ces trépas pieux
L'un qui détend son corps en jetant des grenades
L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades
L'autre les bras ballants porte des seaux de vin
Et le prêtre-soldat dit le secret divin
J'interprète pour tous la douceur des trois notes
Que lance un loriot canon quand tu sanglotes
Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré
Ma génération sur ton trépas sacré
Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude
Chantez ce que je chante un chant pur le prélude
Des chants sacrés que la beauté de notre temps
Saura vous inspirer plus purs plus éclatants
Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir
En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir
17 décembre 1915
CHEF DE SECTION
Ma bouche aura des ardeur de géhenne
Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction
Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur
Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut
Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté
Ton âme s'agitera comme une région pendant un
tremblement de terre
Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est
amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle
existe
Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine
de disparates
Variée comme un enchanteur qui sait varier ses
métamorphoses
L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon
amour
Elle te le murmure de loin
Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la
minute prescrite pour l'assaut
TRISTESSE D'UNE ÉTOILE
Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel est au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais
C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé
Et je porte avec moi cette ardente souffrance
Comme le ver luisant tient son corps enflammé
Comme au cœur du soldat il palpite la France
Et comme au cœur du lys le pollen parfumé
LA VICTOIRE
Un coq chante je rêve et les feuillards agitent
Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins
Ailés et tournoyants comme Icare le faux
Des aveugles gesticulant comme des fourmis
Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir
Leurs rires amassés en grappes de raisin
Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais
Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient
Mon lit ma lampe et mon casque troué
Regards précieux saphirs taillés aux environs de
Saint-Claude
Les jours étaient une pure émeraude
Je me souviens de toi ville des météores
Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne
dort
Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets
Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel
Qu'il garde son hoquet
On imagine difficilement
À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles
À l'institut des jeunes aveugles on a demandé
N'avez-vous point de jeune aveugle ailé
Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau
langage
Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire
Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir
Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace
Qu'on les fait encore servir à la poésie
Mais elles sont comme des malades sans volonté
Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme
La mimique suffit bien au cinéma
Mais entêtons-nous à parler
Remuons la langue
Lançons des postillons
On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de
nouveaux sons
On veut des consonnes sans voyelles
Des consonnes qui pèsent sourdement
Imitez le son de la toupie
Laisser pétiller un son nasal et continu
Faites claquer votre langue
Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans
civilité
Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle
consonne
Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours
claironnants
Habituez-vous à roter à volonté
Et quelle lettre grave comme un son de cloche
À travers nos mémoires
Nous n'aimons pas assez la joie
De voir les belles choses neuves
Ô mon amie hâte-toi
Crains qu'un jour un train ne t'émeuve
Plus
Regarde-le plus vite pour toi
Ces chemins de fer qui circulent
Sortiront bientôt de la vie
Ils seront beaux et ridicules
Deux lampes brûlent devant moi
Comme deux femmes qui rient
Je courbe tristement la tête
Devant l'ardente moquerie
Ce rire se répand
Partout
Parlez avec les mains faites claquer vos doigts
Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour
Ô paroles
Elles suivent dans la myrtaie
L'Eros et l'Antéros en larmes
Je suis le ciel de la cité
Écoutez la mer
La mer gémir au loin et crier toute seule
Ma voix fidèle comme l'ombre
Veut être enfin l'ombre de la vie
Veut être ô mer vivante infidèle comme toi
La mer qui a trahi des matelots sans nombre
Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés
Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre
Que jettent des oiseaux les ailes éployées
La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble
Avance et soutiens-moi je regrette les mains
De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble
Quelle oasis de bras m'accueillera demain
Connais-tu cette joie de voir des choses neuves
Ô voix je parle le langage de la mer
Et dans le port la nuit les dernières tavernes
Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne
La rue où nagent mes deux mains
Aux-doigts subtils fouillant la ville
S'en va mais qui sait si demain
La rue devenait immobile
Qui sait ou serait mon chemin
Songe que les chemins de fer
Seront démodés et abandonnés dans peu de temps
Regarde
La Victoire avant tout sera
De bien voir au loin
De tout voir
De près
Et que tout ait un nom nouveau
LA JOLIE ROUSSE
Me voici devant tous un homme plein de sens
Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut
connaître
Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
Ayant su quelquefois imposer ses idées
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
pourrait des deux savoir
Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
Entre nous et pour nous mes amis
Je juge cette longue querelle de la tradition et de
l'invention
De l'Ordre et de l'Aventure
Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
Bouche qui est l'ordre même
Soyez indulgents quand vous nous comparez
À ceux qui furent la perfection de l'ordre
Nous qui quêtons partout l'aventure
Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges
domaines
Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
Mille phantasmes impondérables
Auxquels il faut donner de la réalité
Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout
se tait
Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l'illimité et de l'avenir
Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
Voici que vient l'été la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente
Et j'attends
Pour la suivre toujours la forme noble et douce
Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
Elle a l'aspect charmant
D'une adorable rousse
Ses cheveux sont d'or on dirait
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui se fanent
Mais riez riez de moi
Hommes de partout surtout gens d'ici
Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi
[ONDES]
[LIENS]
[LES FENÊTRES]
[PAYSAGE]
[LES COLLINES]
[ARBRE]
[LUNDI RUE CHRISTINE]
[LETTRE-OCÉAN]
[SUR LES PROPHÉTIES]
[LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY]
[LA CRAVATE ET LA MONTRE]
[UN FANTOME DE NUÉES]
[CŒUR COURONNE ET MIROIR]
[TOUR]
[VOYAGE]
[À TRAVERS L'EUROPE]
[IL PLEUT]
[ÉTENDARDS]
[LA PETITE AUTO]
[LA MANDOLINE l'ŒILLET ET LE BAMBOU]
[FUMÉE]
[À NÎMES]
[LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU]
[2e CANONNIER CONDUCTEUR]
[VEILLE]
[OMBRE]
[C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT]
[CASE D'ARMONS]
[LOIN DU PIGEONNIER]
[RECONNAISSANCE]
[S. P.]
[VISÉE]
[1915]
[CARTE POSTALE]
[SAILLANT]
[GUERRE]
[MUTATION]
[ORACLES]
[14 JUIN 1915]
[DE LA BATTERIE DE TIR]
[ÉCHELON]
[VERS LE SUD]
[LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR]
[TOUJOURS]
[FÊTE]
[MADELEINE]
[LES SAISONS]
[VENU DE DIEUZE]
[LA NUIT D'AVRIL 1915]
[LUEURS DES TIRS]
[LA GRACE EXILÉE]
[LA BOUCLE RETROUVÉE]
[REFUS DE LA COLOMBE]
[LES FEUX DU BIVOUAC]
[LES GRENADINES REPENTANTES]
[TOURBILLON DE MOUCHES]
[L'ADIEU DU CAVALIER]
[LE PALAIS DU TONNERRE]
[PHOTOGRAPHIE]
[L'INSCRIPTION ANGLAISE]
[DANS L'ABRI-CAVERNE]
[FUSÉE]
[DÉSIR]
[CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE]
[OCÉAN DE TERRE]
[OBUS COULEUR DE LUNE]
[MERVEILLE DE LA GUERRE]
[EXERCICE]
[À L'ITALIE]
[LA TRAVERSÉE]
[IL Y A]
[L'ESPIONNE]
[LE CHANT D'AMOUR]
[AUSSI BIEN QUE LES CIGALES]
[SIMULTANÉITÉS]
[DU COTON DANS LES OREILLES]
[LA TÊTE ÉTOILÉE]
[LE DÉPART]
[LE VIGNERON CHAMPENOIS]
[CARTE POSTALE]
[ÉVENTAIL DES SAVEURS]
[SOUVENIRS]
[L'AVENIR]
[UN OISEAU CHANTE]
[CHEVAUX DE FRISE]
[CHANT DE L'HONNEUR]
[CHEF DE SECTION]
[TRISTESSE D'UNE ÉTOILE]
[LA VICTOIRE]
[LA JOLIE ROUSSE]
TRANSCRIPTIONS des CALLIGRAMMES
001—Paysage
[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités
[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble
[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres
[Cigare] un cigare allumé qui fume
002—Lettre-océan
[Première image]
Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2
J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique
Ta voix me parvient malgré l'énorme distance
Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz
[Carte postale]
Les voyageurs de l'Espagne devant faire
le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer
je t'envoie cette carte au lieu
de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr
Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente
Des événements.
[à gauche]
Juan Aldama
Correos
Mexico
4 centavos
U.S. Postage
2 cents 2
[au centre]
Ypiranga
Republica Mexicana
Tarjeta Postal
[à droite]
11.45
29-5
14
Rue des Batignolles
[motif circulaire, centre]
Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna
[motif circulaire, rayons]
Zut pour M. Zun
arrêtez cocher
Vive le Roy
Evviva il Papa
ta gueule mon vieux pad
non si vous avez une moustache
La Tunisie tu fondes un journal
Jacques c'était délicieux
A bas la calotte
Des clefs j'en ai vu mille et mille
Hou le croquant
Vive la République
[à droite du motif circulaire]
TSF
[bas de l'image]
Bonjour Anomo Anora
Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas
[Deuxième image]
Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890
on coucha plus d'un mois sous la tente
bonjour mon frère Albert à Mexico
Jeunes filles à Chapultepec
[Motif circulaire, centre]
Haute de 300 mètres
Sirènes
Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou
Autobus
R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting
Gramophones
z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris
fermez les portes
Les chaussures neuves du poète
cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré
cré cré cré cré cré cré cré
[Motif circulaire, rayons]
et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce
rue St-Isidore à La Havane ça n'existe +
Chirimoya
A la Crème à
Pendeco c'est + qu'un imbécile
Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada
priétaire de 5 ou 6 im
je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton
le câblogramme comportait 2 mots en sûreté
allons circulez Mes
ture les voyageurs pour Chatou
Toussaint Luca est maintenant à Poitiers
003—La cravate et la montre
[cravate]
la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la
si tu veux bien respirer
[montre, remontoir]
comme l'on s'amuse bien
[bord droit de la montre]
la beauté de la vie passe la douleur de mourir
[heures]
mon cœur
les yeux
l'enfant
Agla
la main
Tircis
semaine
l'infini redressé par un fous de philosophe
les Muses aux portes de ton corps
le bel inconnu
et le vers dantesque luisant et cadavérique
les heures
[aiguilles]
Il est – 5
Et tout sera fini
004—coeur, couronne et miroir
[cœur]
Mon Cœur semblable à une flamme renversée
[couronne]
Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes
[miroir]
Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges
et non comme sont les reflets
Guillaume Apollinaire
005—Voyage
[nuage]
Adieu amour nuage qui fuis
et n'a pas chu pluie fécondante
refais le voyage de Dante
[oiseau]
télégraphe
oiseau qui laisse tomber
ses ailes partout
[train]
où va donc ce train qui meurt au loin
dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle
[ciel]
la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles
c'est ton visage que je ne vois plus
006—Il pleut
Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans
le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de
ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout
comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que
le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les
liens qui te retiennent en haut et en bas
007—La petite auto
Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot
Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares
ô nuit tendre d'avant la guerre
ô villages où se hâtaient les
maréchaux-ferrants rappelés
entre minuit et une heure du matin
vers Lisieux la très bleue
ou bien
Versailles d'or
et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté.
008—La mandoline l'œillet et le bambou
[la mandoline]
comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison
c'est ton art femme
o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline
[l'œillet]
Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée
et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise &
+ subtile que les sons qui nous dirigent
Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie
Il est le trône de la future sagesse
[le bambou]
Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers
infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles
009—La colombe poignardée et le jet d'eau
[colombe]
douces figures poignardées
chères lèvres fleuries
Mia Mareye Yette Lorie
Annie et toi Marie
où êtes-vous ô jeunes filles
Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie
cette colombe s'extasie
[jet d'eau]
Tous les souvenirs de naguère
Ô mes amis partis en guerre
Jaillissent vers le firmament
Et vos regards en l'eau dormant
Meurent mélancoliquement
Où sont-ils Braque et Max Jacob
Derain aux yeux gris comme l'aube
Où sont Raynal Billy Dalize
Dont les noms se mélancolisent
Comme des pas dans une église
Où est Cremnitz qui s'engagea
Peut-être sont-ils morts déjà
De souvenirs mon âme est pleine
Le jet d'eau pleure sur ma peine
[bassin]
Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant
Le soir tombe Ô sanglante mer
Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière
010—2e canonnier conducteur
[trompette]
As-tu connu la putain de Nancy
qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie
l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul]
[botte]
Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant
que la nuit descend
[Notre-Dame]
souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux
après la victoire
[Tour Eiffel]
salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire
et tirera toujours aux Allemands
[obus]
j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace
011—Loin du pigeonnier
Et vous savez pourquoi
Pourquoi la chère couleuvre
Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est
Xexaèdres
barbelés
mais un secret
collines bleues
en sentinelle
Malourène 75 Canteraine
Ô gerbes des 305 en déroute
Dans la Forêt où nous chantons
012—S.P.
Qu'est-ce qu'on y met
Dans la case d'armons
Espèce de poilu de mon cœur
Pan pan pan
Perruque à perruque
Pan pan pan
Perruque à canon
Pour lutter contre les vapeurs
les lunettes pour protéger les yeux
au moyen d'un masque nocivité gaz
un tissu trempé mouchoir des nez
dans la solution de bicarbonate de sodium
les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire
013—Visée
Chevaux couleur cerise limite des Zélandes
Des mitrailleuses d'or coassent des légendes
Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées
Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique
L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil
Et l'avenir secret que la fusée élucide
Entends nager le Mot poisson subtil
Les villes tour à tour deviennent des clefs
Le masque bleu comme met Dieu son ciel
Guerre paisible ascèse solitude métaphysique
Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes
014—1915
1915
soldats de faïence et d'escarboucle
ô amour
015—Carte postale
Nous sommes bien
mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux
ne vient pas jusqu'ici
LUL
on les aura
faire suivre route transparente
France
016—Saillant
[quand survient la] torpille aérienne
Le balai de verdure
T'en souviens-tu
Il est ici dans les pierres
Du beau royaume dévasté
[à gauche]
Salut le Rapace
Salut
[à droite]
grain de blé
[fin du poème]
Lou
Lou Verzy
Vive le capiston
017—Échelon
[à gauche]
On tire contre avions
Verdun
[au centre]
Le Ciel
Coquelicots
Flacon au col d'or
On a pendu la mort
A la lisière du bois
On a pendu la mort
Et ses beaux seins dorés
Se montrent tour à tour
[à droite]
L'orvet
Le sac à malice
La trousse à boutons
018—Madeleine
[étoile]
Dans le village arabe
Des Souvenirs
mais il y a d'autres chansons
[lettre]
Bonjour mon poète
Je me souviens de votre voix
Votre petite fée
Photographie tant attendue
[canons]
Far tiz rose
018—Venu de Dieuze
Halte là
[ficelle]
mesure du doigt
Qui vive
France
Avance au ralliement
Halte là
Le Mot
Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel
[portée]
forte s'allantanado
funambule des lianes du printemps
tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C.
La poule d'eau caquète et plonge à ton approche
Cantato
Ah ! mon Dieu m' quiot' fille
L'hommé qu' j'ai
C'est eun' mouq' dans d' l'huile
Tout à fouait
Couple des marais les turquoises
Hennissements partout
Amour sacré amour de la Patrie
Le général
Il était Antisthène et c'était Fabius