Après quoi, à Montparnasse, chacun s'en alla avec sa chacune et en route.

Anatole demanda à Corail:

«—Tu n'avais jamais trompé Hyacinthe avant moi, c'est-à-dire avant sa mort?

«—Mais si, répondit Corail.

«—Il l'a su? demanda Anatole avec une souffrance indicible.

«—Il s'en est bien douté, répondit Corail, et il en était navré.

«—Avec qui, dit Anatole, tandis que des larmes venaient au bord de ses paupières.

«—Avec un juif, répondit Corail, il était du ...e d'artillerie, mais il s'est arrangé pour ne jamais partir au front. Il ne couchait même pas à la caserne à Nanterre et avait loué une petite villa.

«Durant les huit premiers mois de la guerre, je n'avais jamais trompé Hyacinthe. J'avais une petite amie, Geneviève, avec qui je sortais et allais souvent à Nanterre où était son ami. René, c'est le juif, me vit et me suivit jusque dans le train qui nous ramenait à Paris. Dans le wagon il nous fit tellement rire que nous ne pûmes faire autrement que de lier conversation avec lui. Cela se fit vite. Je ne l'aimais pas, mais il était si amusant et je m'ennuyais tellement. Plus tard, un jour que je me disputais avec lui, je lui tordis si fort la main que je lui cassai le petit doigt. Il parvint à faire croire qu'il se l'était cassé en service commandé et réussit à se faire réformer.

«Quand Hyacinthe vint en permission, il se doutait de quelque chose, car un grand nombre des lettres quotidiennes que je lui adressais venaient de Nanterre. Je lui avouai tout. Et il n'eut pas le courage de me faire des reproches, mais je le sentis si profondément désolé que je sus aussitôt qu'il serait tué. Et, depuis, je pris le juif en haine et j'aurais voulu mourir.»