Les batailles? des batailles pour vos amours. Hélas! Hélas! nul n'espérera ton retour. Ceux qui partent seront oubliés et leurs peuples n'en auront pas de regret et leurs femmes n'en auront pas de souvenir. Combats singuliers. C'est là le meilleur. Ils n'impliquent ni départ, ni déroute, ni retour. Ah! chaque guerre est un péché d'amour. Moi, qu'ai-je fait? Sinon cette guerre pour l'adultère. Bethsalie qui baignais tes pieds dans un bassin sous mes terrasses, au jardin de cèdres et de cyprès. Les femmes n'aiment ni la guerre ni les guerriers, mais les jardins de cèdres et de cyprès, les palais à terrasses et les rois qui tergiversent. Vieux rois, qui ne partez pas en guerre, souvenez-vous de Moïse qui fabriqua un anneau d'oubli pour amortir les vœux impudiques que Thaïba nourrissait pour lui. Rois puissants, rois barbus qui partez pour la guerre, souvenez-vous de Moïse qui fabriqua un anneau de mémoire pour Séphora, sa femme, lorsqu'il se sépara d'elle pour aller à la cour de Pharaon.
Dans le même décor de Judée, écrasé par l'éléphant, entouré de morts et de mourants, le troisième de la renommée râla:
JUDAS MACCHABÉE
Les ennemis de vos peuples sont les bêtes. Il faut les tuer jusqu'à en mourir. Les batailles doivent être les chasses. Tuez la brute avant l'homme, mais mourez sous la brute si vous espérez qu'elle meure sur vous. Pour chaque râle d'homme, une hécatombe n'est pas suffisante. Et, chaque jour, ô vertueux, donnez des bêtes à sacrifier. Et, chaque jour, ô braves, surmontez les répugnances et soyez boucher devant les prêtres prêts à interpréter l'état des entrailles des victimes sur des autels dédiés par un grand peuple à son vrai Dieu.
Un mirage d'Asie Mineure, paysage marécageux de Troade, cours du Simoïs et du Scamandre. Un héros sanglant, qui était le quatrième de la renommée, s'écria:
HECTOR
Défendez-vous, peuples. Défiez-vous des étrangères, gardez vos dieux, vos vrais dieux, ne croyez pas à la vertu des simulacres sauveurs. Et si vous ne répugnez pas à une guerre de dix années, il viendra le jour où, héros, vous aurez une mort héroïque. Car pour les peuples et les hommes, malgré leurs dieux, leurs vrais dieux, il vient toujours le jour où l'on entend chanter la femelle de l'alcyon et elle est proche en ce cas; la mort qui vient en dansant, bataillant, souvent femme, parfois homme et alors rien n'y fait, ni la valeur, ni l'invulnérabilité. On tombe, homme ou peuple, sur le champ de bataille et malheur aux vivants, hommes ou peuples, ils tombent en esclavage. Mais la défaite, honte des hommes et des peuples, est le bonheur des femmes et des nations qui pleurent et politiquent, chantent et se mutinent, se prostituent et s'acclimatent sous d'autres hommes, aux pieds d'autres dieux.
Un mirage de Grèce s'étala, paysage de midi, silence panique, rocs stériles, temples blancs, pins et la mer avec des îles.
ALEXANDRE
Les plus doctes leçons ne nous enseignent pas la modération dans la soif des conquêtes et la soif physique. Quel homme plus altéré qu'un guerrier après une journée de combat. Quel conquérant peut être magnanime s'il n'a jamais connu la défaite. Pour bravoure, je ne connais que celle des Argyraspides, un courage pompeux, calme et anonyme qui permet de supprimer l'illusion des récompenses. Rois, si vous n'êtes pas fils d'un dieu, renoncez aux conquêtes, car les empires sont de trop courte durée si les peuples conquis ne peuvent pas vous élire pour leur dieu, pendant la paix politique qui doit suivre les guerres victorieuses. Mais quels souvenirs, ceux des batailles! ton char royal désigné à l'attention des tiens et des ennemis par des banderolles où s'inscrit ton nom, fend, rapide, les troupes pressées dont les lances sont aussi nombreuses à perte de vue que les soies d'un sanglier. Tu te saoules des clameurs, ta vue ranime tes soldats défaillants et ton audace décide une victoire qui vaudra la perte de l'indépendance à quelque peuple policé ou sauvage que tu feras selon ta volonté un peuple d'esclaves. A moins toutefois que les vaincus n'aient l'audace de vouloir n'être qu'un peuple de martyrs.