«Fouilles, Monsieur, s'écria l'éditeur en refermant le manuscrit. Monsieur... Sortez, Monsieur.»
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Dans la sombre maison du carrefour Buci habite encore M. Maurice Cremnitz, qui piqua fort la curiosité en publiant sous les initiales M. C., dans Vers et Prose, un poème excellent intitulé Anniversaire et qui fut composé à la mémoire de Jean Moréas.
M. Maurice Cremnitz est un poète qui depuis longtemps déjà ne montre plus volontiers ses ouvrages. C'est un homme aimable qui se soucie peu de la gloire. Les poètes, ses amis, ont une grande confiance dans l'intégrité de son goût, et, si ses décisions ne sont point des arrêts, elles emportent généralement le suffrage de celui qui les fait naître et qui s'y range. Cette autorité, qu'il exerce avec une grande discrétion et dans un tout petit cercle, lui donne ainsi dans les lettres contemporaines un rôle inattendu qu'il ne recherchait point et qui est plein de responsabilités.
Chaque année, en temps de paix, M. Maurice Cremnitz, qui aime la marche, parcourait à pied une région qu'il ne connaissait pas encore. Il ne s'embarrassait pas de bagages; une bonne canne à la main, il voyageait, s'arrêtant quand il le voulait, sans se préoccuper des horaires.
Une fois, c'était près de Montereau, deux gendarmes l'arrêtèrent sur la route et lui demandèrent ses papiers.
M. Maurice Cremnitz se fouilla et ne trouva sur lui qu'une carte d'entrée à la Bibliothèque Nationale. Les gendarmes l'examinèrent et l'un d'eux:
«Alors, c'est là que vous travaillez?...» Sur la réponse affirmative de M. Cremnitz il ajouta: «Vos patrons doivent bien mal vous payer puisque vous ne pouvez pas même prendre le chemin de fer.»
M. Maurice Cremnitz que connaissent peu les nouvelles générations mais que n'ont pas oublié André Gide ni Paul Fargue, s'engagea au début de la guerre.
Je le rencontrai à Nice dans son uniforme de fantassin.