Voici une épigramme:
Monsieur Binet n'a pas, bien que dans l'opulence, Le confort, le bien-être aujourd'hui si goûtés. Quant à moi, si j'avais ce qu'a Binet d'aisance J'aurais certainement plus de commodités.
Je ne crois pas que l'enfant de dix ans en fût l'auteur. De toute façon elle donnait au Journal du Musée un caractère gaulois qui tranchait nettement sur la pruderie contemporaine. La dernière colonne est occupée par les Réponses aux questions contenues dans le numéro précédent, qui sont suivies par la Réponse au Rébus: «Aide-toi le ciel t'aidera.» Trois personnes seulement ont deviné ce rébus: MM. Grund, Henri Guérard et Mattei.
Un avertissement final nous fait savoir que: «Par suite d'un accident survenu au tirage, le n° est paru avec 15 jours de retard. Nous nous en excusons auprès de nos lecteurs.»
Aucun nom de gérant, aucune mention d'imprimeur ne légalise la publication de ce petit journal dont une des principales singularités, l'âge de son directeur et rédacteur en chef, est appelée à disparaître tandis que, pour nous comme pour lui, s'écouleront les années.
J'ai connu d'autres enfants qui s'amusaient à publier des journaux. Mais c'étaient toujours des journaux manuscrits à un exemplaire qu'on se passait de main en main au collège. Je me souviens notamment de l'un de ces pamphlets calligraphié en encres de couleurs variées: noir, violet, vert, bleu, jaune, rouge. Il devait paraître toutes les semaines et l'abonnement se payait en friandises: réglisse, cassonades, boîtes de coco, etc.; mais il n'y eut point de second numéro.
Une petite fille, qui est aujourd'hui presque une jeune fille, s'était associée, lorsqu'elle avait dix ans, avec un petit garçon de sept ans dans le but de publier un journal. Elle recueillit des abonnements pour la somme de trente francs, sur lesquels elle donna cinq francs au petit garçon et avec le reste s'acheta du chocolat. Car ce qui lui paraissait la réussite anticipée de ses espérances avait donné une entière satisfaction à son besoin d'activité; c'est ainsi qu'un succès prématuré est presque toujours une cause de décadence pour un poète, un artiste quel qu'il soit.
[LA CAVE DE M. VOLLARD]
Près du boulevard, au 8, rue Lafitte, il y avait avant la guerre une boutique, véritable capharnaüm où s'entassaient les tableaux des peintres contemporains et où la poussière régnait partout.