«Bientôt la coquetterie s'en mêla. Aucune de nous n'aurait voulu être vue par l'œil bleu tandis qu'elle avait les mains tachées d'encre. Chacune faisait son possible pour paraître à son avantage en traversant les couloirs.
«Il n'y avait ni glace ni miroir au couvent, et notre ingéniosité naturelle y suppléa bientôt. Chaque fois que l'une de nous passait près d'une porte vitrée qui donnait sur un palier, un pan de tablier noir plaqué derrière la vitre formait ainsi un miroir improvisé où l'on se regardait vite, vite, en s'arrangeant la chevelure, en se demandant si l'on était jolie.
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«L'histoire de l'œil bleu dura bien deux mois; puis on le rencontra de moins en moins, et enfin l'on n'y pensa plus que très rarement, et quand on en parlait encore, de loin en loin, ce n'était jamais sans frissonner.
«Mais dans ce frisson il entrait de la crainte et aussi quelque chose qui ressemblait à du plaisir, le plaisir secret de parler d'une chose défendue.»
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Vous n'avez jamais vu passer l'œil bleu, ô petites filles d'aujourd'hui!
Au docteur Palazzoli