Quand vous aurez fini vos simagrées, si cela vous agrée, n'oubliez pas de vous occuper de la baronne des Ygrées.
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Le baron dormait dans un coin de la chambre, sur quelques couvertures de voyage. Il fit un pet qui fit rire aux larmes sa moitié. Macarée pleurait, criait, riait, et quelques instants après mettait au monde un enfant bien constitué du sexe masculin. Alors, épuisée par tous ces efforts, elle rendit l'âme, en poussant un hurlement semblable à cet ululement que pousse l'éternelle première femme d'Adam, lorsqu'elle traverse la mer Rouge.
En rapportant ce qui précède, je crois avoir élucidé l'importante question du lieu natal de Croniamantal. Laissons les 123 villes[1] dans 7 pays sur 4 continents se disputer l'honneur de lui avoir donné naissance.
Nous savons maintenant, et les registres de l'état civil sont là pour un coup, qu'il est né du pet paternel, à La Napoale aux cieux d'or, le 25 août 1889, mais fut déclaré à la mairie seulement le lendemain matin.
C'était l'année de l'Exposition Universelle, et la tour Eiffel, qui venait de naître, saluait d'une belle érection la naissance héroïque de Croniamantal.
Le baron des Ygrées refit un pet qui le réveilla auprès du lit macabre où se carrait le machabée de Macarée. L'enfant criait, les sages-femmes gloussaient, le père sanglotait, en criant:
«Ah! la Napoule aux cieux d'or, j'ai tué ma poule aux yeux d'or!»
Puis il ondoya le nouveau-né l'appelant d'un nom qu'il inventa aussitôt et qui n'appartient à aucun saint du Paradis: CRONIAMANTAL. Il partit le jour suivant, après avoir réglé les funérailles de son épouse, écrit les lettres nécessaires pour recueillir sa succession et déclaré l'enfant sous les noms de Gaëtan-Francis-Étienne-Jack-Amélie-Alonso Des Ygrées. Avec ce nourrisson dont il était le père putatif, il prit le train pour la Principauté de Monaco.