Son maître remarqua sans peine, les jours suivants, qu'il n'apportait plus aucune attention à des études auxquelles il s'appliquait auparavant. Il devina que ce dégoût venait de l'amour.

Ce qui se mêlait de mépris à son respect avait pour cause que Mariette n'était qu'une simple paysanne.

On était arrivé à la fin de septembre et l'ayant amené avec lui le lendemain sous les oliviers pleins de fruits, M. Janssen blâma la passion de son disciple qui, tout rouge, écoutait ces reproches. Les premiers vents d'automne se plaignaient et Croniamantal, très triste et très honteux, perdit à jamais l'envie de revoir sa jolie Mariette pour ne garder d'elle que le souvenir.

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C'est ainsi que Croniamantal atteignit sa majorité.

Une maladie de cœur qu'on lui découvrit le fit réformer par l'autorité militaire. Bientôt après, son maître mourut subitement, lui laissant par testament le peu qu'il possédait. Et après avoir vendu la maison appelée le Château, Croniamantal vint à Paris pour s'y livrer paisiblement à son goût pour la littérature, car depuis quelque temps déjà, et en cachette, il composait des poèmes qu'il accumulait dans une vieille boîte à cigares.


[X]

Poésie

Dans les premiers jours de l'année 1911, un jeune homme mal habillé montait la rue Houdon en courant. Son visage extrêmement mobile paraissait tour à tour plein de joie ou d'inquiétude. Ses yeux dévoraient tout ce qu'ils regardaient et quand ses paupières se rapprochaient rapidement comme des mâchoires, elles engloutissaient l'univers qui se renouvelait sans cesse par l'opération de celui qui courait en imaginant les moindres détails des mondes énormes dont il se repaissait. Les clameurs et les tonnerres de Paris éclataient au loin et autour du jeune homme qui s'arrêta tout essoufflé, tel un cambrioleur trop longtemps poursuivi et prêt à se rendre. Ces clameurs, ce bruit, indiquaient bien que des ennemis étaient sur le point de le traquer, comme un voleur. Sa bouche et son regard exprimèrent la ruse et marchant maintenant avec lenteur, il se réfugia dans sa mémoire, et allait de l'avant, tandis que toutes les forces de sa destinée et de sa conscience écartaient le temps pour qu'apparût la vérité de ce qui est, de ce qui fut et de ce qui sera.