[II]
Procréation
À deux lieues de Spa, sur la route bordée d'arbres tordus et de buissons, Viersélin Tigoboth, musicien ambulant qui arrivait à pied de Liège, battait le briquet pour allumer sa pipe. Une voix de femme cria:
«Eh! monsieur!»
Il leva la tête et un rire éperdu éclata:
«Hahaha! Hohoho! Hihihi! tes paupières ont la couleur des lentilles d'Egypte! Je m'appelle Macarée. Je veux un matou.»
Viersélin Tigoboth aperçut sur le bord de la route une jeune femme brune, formée de jolis globes. Qu'elle était gracieuse en jupe courte de cycliste! Et tenant d'une main son vélo, tandis qu'elle cueillait de l'autre les prunelles âpres, elle fixait ardemment ses grands yeux d'or sur le musicien wallon.
—Vs'estez one belle bâcelle, dit Viersélin Tigoboth en faisant claquer sa langue. Mais, nom di Dio, si vous mangez des prunelles vous aurez la colique, ce soir, paraît.
—Je veux un matou, répéta Macarée, et dégrafant sa chemisette, elle montra à Viersélin Tigoboth ses seins, pareils aux fesses des anges et dont l'aréole était de couleur tendre comme les nuages roses du couchant.
—Oh! oh! dit Viersélin Tigoboth, c'est beau comme les perles de l'Amblêve, donnez-les-moi. J'irai cueillir pour vous un grand bouquet de feuilles de fougère et d'iris couleur de lune.