L'oiseau du Bénin

Il lut et relut cette phrase tandis que l'oiseau du Bénin regardait son tableau en remuant la tête, en se reculant, en se rapprochant. Ensuite il se tourna vers Croniamantal et lui dit:

—J'ai vu ta femme hier soir.

—Qui est-ce? demanda Croniamantal.

—Je ne sais pas, je l'ai vue mais je ne la connais pas, c'est une vraie jeune fille, comme tu les aimes. Elle a le visage sombre et enfantin de celles qui sont destinées à faire souffrir. Et parmi sa grâce aux mains qui se redressent pour repousser, elle manque de cette noblesse que les poètes ne pourraient pas aimer car elle les empêcherait de pâtir. J'ai vu ta femme, te dis-je. Elle est la laideur et la beauté; elle est comme tout ce que nous aimons aujourd'hui. Et elle doit avoir la saveur de la feuille du laurier.

Mais Croniamantal qui ne l'écoutait point, l'interrompit pour dire:

«J'ai fait hier mon dernier poème en vers réguliers:

Luth

Zut!

et mon dernier poème en vers irréguliers.