Jus de la treille
Liqueur vermeille
Buvons buvons
Si nous pouvons

CHOEUR DES MANGEURS

Tas de goulus
Il n'y a plus
Une miette
Dans l'assiette

BUVEURS

Trognes vermeilles
Buvons buvons
Le jus des treilles

R.D..RD K.PL. NG, L'ACTEUR, L'ACTRICE, LES AUTEURS
Aux spectateurs
Paye! Paye! Paye! Paye! Paye! Paye! Paye!

LE PRÉDICATEUR

Le Théâtre, mes chers frères, est une école de scandale, c'est un lieu de perdition pour les âmes et pour les corps. Au témoignage des machinistes tout est truqué dans un théâtre. Des sorcières plus vieilles que Morgane y arrivent à se faire passer pour des fillettes de quinze ans.

Que de sang versé dans un mélodrame! Je le dis en vérité, bien qu'il soit postiche, ce sang retombera par tiers sur la tête des enfants des auteurs, des acteurs, des directeurs, des spectateurs, jusqu'à la septième génération. Ne mater suam, disaient autrefois les jeunes filles à leurs mères. Aujourd'hui elles demandent: «Irons-nous au théâtre ce soir?»

Je vous le dis en vérité, mes frères. Peu de spectacles ne mettent pas les âmes en danger. Outre le spectacle de la nature, je ne sache que la baraque du pétomane où l'on puisse aller sans crainte. Ce dernier spectacle, mes chers frères, est gaulois et sain. Le bruit dilate la rate, il chasse Satan des lombes où il gîte et c'est ainsi que les Pères du désert arrivaient à s'exorciser en eux-mêmes.