CRONIAMANTAL

Mais le bonheur que tu proclames, l'oublies-tu? et oublies-tu le mien? Tu me ressembles! L'homme heureux se frotte les mains, tu l'as fait. Sens-les. Quelle odeur ont-elles?

PAPONAT

Une odeur de mort.

CRONIAMANTAL

Ha! ha! ha! L'homme heureux a la même odeur que le mort. Frotte tes mains. Quelle différence de l'homme heureux au cadavre! Je suis heureux aussi, quoique je ne veuille pas frotter mes mains. Sois heureux, frotte tes mains! Sois heureux! plus encore. La connais-tu maintenant, l'odeur du bonheur?

PAPONAT

Adieu; si tu ne fais plus cas des vivants, il n'y a plus moyen de parler avec toi.

Et tandis que Paponat s'éloignait dans la nuit où brillent les innombrables yeux des bêtes célestes à la chair impalpable, Croniamantal se leva tout à coup en pensant:

«En voilà assez de la nature et des souvenirs qu'elle évoque. J'en sais assez maintenant sur la vie, retournons à Paris et tâchons d'y retrouver cette exquise Tristouse Ballerinette qui m'aime à la folie.»