—Aimons-nous, Madame. Si vous n'êtes pas impropre à la maternité, votre souhait sera rempli. Et quelle douce gloire j'en tirerai!
—Hélas! murmurait la dame, je n'ai plus d'ovaires.
—L'amour, s'écriait alors le docteur, l'amour, madame, est capable de faire bien des miracles.
Au troisième acte, le mari mince comme un I et la dame enceinte de huit mois se félicitaient de l'échange qu'ils avaient fait. Le médecin communiquait à l'Académie de médecine le résultat de ses travaux sur la fécondation des femmes devenues stériles à la suite d'opérations chirurgicales.
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Vers la fin du troisième acte, quelqu'un cria: «Au feu!» dans la salle. Les spectateurs épouvantés se sauvèrent en hurlant. En fuyant, Macarée s'accrocha au bras du premier homme qu'elle rencontra. Il était bien vêtu et beau de figure, et comme Macarée était charmante, il parut flatté de ce qu'elle l'eût choisi comme défenseur. Ils lièrent ensuite connaissance au café et de là allèrent souper à Montmartre. Mais il se trouva que François des Ygrées avait par négligence oublié sa bourse. Macarée paya volontiers l'addition. Et François des Ygrées poussa la galanterie jusqu'à ne pas vouloir laisser dormir seule Macarée, que l'incident de l'incendie avait rendue nerveuse.
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François, baron des Ygrées (baronnie postiche, au demeurant), se disait le dernier rejeton d'une noble maison de Provence et professait le blason au sixième étage d'un immeuble de la rue Charles-V.
«Mais, disait-il, les révolutions et les démagogues ont tant fait que le blason n'est plus étudié que par des archéologues roturiers, tandis que les nobles ne sont plus endoctrinés dans cet art.»
Le baron des Ygrées, dont l'écu était d'azur à trois pairles d'argent posés en pal, sut inspirer assez de sympathie à Macarée pour qu'en reconnaissance de la nuit du Théâtre-Français, elle voulût prendre des leçons de blason.