—Eh bien! prenez mon livre d'heures, dit Don Garcia en lui présentant son flacon d'eau-de-vie. Cela donne du courage pour les petits et les grands voyages...»
Le regard du vieux soldat chavirait de plus en plus. Il ne remarqua même pas la plaisanterie de Don Garcia, mais plusieurs de ceux qui l'entouraient en parurent fort scandalisés.
Les yeux du capitaine s'ouvrirent d'un dernier effort:
«Don Juan, dit le moribond, approchez, mon enfant. Je vous fais mon héritier. Dans cette vieille bourse de cuir se trouve tout ce que je possède. Il vaut mieux que cet argent soit à vous qu'aux mains des excommuniés. Je vous demande seulement une chose, Juan: vous ferez dire quelques messes pour le repos de mon âme.
—Votre volonté sera exécutée, capitaine.»
Cette dernière parole parut rendre confiance à Gomare. Il expira tranquillement.
Cependant les balles commençaient à siffler plus drues. Les Hollandais approchaient. Les soldats revinrent à leur rang après un dernier salut au capitaine Gomare. Bientôt on dut battre en retraite. La route était défoncée, la troupe fatiguée. Cependant les Hollandais ne réussirent point à prendre un seul drapeau ni à faire un seul prisonnier.
Au soir, on dressa le campement. Les officiers, sous leurs tentes, parlèrent des événements de la journée, critiquant la décision des grands chefs. Puis on en vint à faire le bilan des morts et des blessés.
«Je regretterai fort la mort du capitaine Gomare, dit Don Juan. J'avais fait mes premières armes sous lui. C'était un officier sans peur, un camarade sûr, un père pour le soldat.