CHAPITRE IV

LA MORT DE DON GARCIA

Enterrement de Gomare.—Modesto.—Le siège de Berg-op-Zoom.—Le capitaine Saqui-Guitra.—Mort étrange de Don Garcia.—Les débauches de Don Juan.

Cependant, les renforts attendus par l'armée espagnole venaient d'arriver. Les généraux décidèrent de reprendre sans plus tarder la marche en avant et une vigoureuse offensive.

Les troupes traversèrent les lieux où elles s'étaient battues quelques jours plus tôt. Beaucoup de cadavres gisaient encore çà et là dans les fossés et à travers les champs. Il s'exhalait de la plaine une odeur nauséabonde.

Un soldat de l'ancienne compagnie du capitaine Gomare fit soudain entendre une exclamation. Il venait de reconnaître, dans un fossé, la lamentable dépouille de son chef. On l'entoura. Don Juan remarqua avec surprise que la figure du mort, si calme quelques instants après qu'il eût rendu le dernier soupir, était maintenant crispée.

Il lui semblait même que ce cadavre en décomposition, de ses orbites creux, le regardait d'un air menaçant. Alors, les dernières recommandations du capitaine et la manière dont il les avait exécutées lui revinrent à l'esprit. Il tenta, en vain pour la première fois, de chasser ce remords de son esprit.

Il fit cependant arrêter quelques soldats et, malgré les sarcasmes de Don Garcia, leur donna ordre de creuser une fosse. Un capucin qui se trouvait par là récita sur la dépouille du capitaine quelques dernières prières. Les soldats, habitués à de tels spectacles, reprirent silencieusement leur marche. Cependant Juan aperçut un vieil arquebusier qui, ayant longtemps fouillé dans sa poche, y découvrit enfin un pauvre écu qu'il donna au capucin en lui disant:

«Voilà pour dire une messe au capitaine Gomare.»