Celui-ci, effrayé, secoua ses ailes. Une poussière lourde s'en dégagea, obscurcissant l'atmosphère. Peut-être l'animal n'avait-il pas bougé depuis plusieurs années. L'oiseau nocturne volait, comme fou, à travers la chambre, montant, descendant, heurtant les squelettes, dispersant les paperasses, mêlant ses ululements funèbres au concert des voix humaines. Il faut dire que Barbara, enfin accourue, poussait des hurlements semblables à ceux des chiens qui aboient à la mort.
Enfin le hibou, fatigué, s'arrêta pour prendre contact avec un objet solide. Mais lequel, grands dieux! Ainsi que l'arche sainte se posant, après le déluge, au sommet du mont Ararat, l'oiseau s'agrippa solidement au crâne de l'exaspéré Don Jorge.
Celui-ci s'enfuit épouvanté, les bras en l'air, renversant tout sur son passage. Les objets fragiles se brisaient: Patatras! Catacri! Gressecrec! La comtesse se précipita sur sa trace. Ce ne fut que sur le seuil que, de son épée tirée, Don Jorge réussit à faire lâcher prise à l'antique volatile qu'offusquait, du reste, la lumière du jour.
«Quelle caverne, criait-il. La peste soit à Levita! Le diable emporte Jacobi! Quant à ce hibou!...»
La nuit tombait. Don Jorge accompagna chez elle sa belle-sœur.
«Les moines sont des fanatiques, les médecins des ânes, les astrologues des menteurs... Faire du chagrin à ma charmante, charmante belle-sœur. Je ne le souffrirai pas...»
Et, ce disant, le vieux galantin, dans l'ombre propice, passait son bras épais autour de la taille gracile de Doña Clara.
Mais celle-ci tournait déjà dans la serrure la petite clef d'or de la porte secrète par laquelle elle s'était échappée.
«Donnez-moi un baiser afin que je garde le secret, poursuivait Don Jorge...