Et Alfonso entra à nouveau dans un violent accès de fureur.
Il sortit pour aller chercher son épée, et sur-le-champ Julia courut au cabinet:
«Fuyez, Juan, au nom du ciel! Pas un mot de réplique! La porte est ouverte! Vous pourrez vous échapper par le corridor que vous avez traversé si souvent. Voici la clef du jardin. Fuyez! Fuyez! Adieu! Dépêchez-vous... J'entends la marche précipitée d'Alfonso. Il ne fait point encore jour. Il n'y a personne dans la rue.»
En un moment Juan gagna la porte de la chambre et bientôt celle du jardin. Mais il se heurta à Alfonso en robe de chambre qui menaçait de le tuer. Alors, d'un coup de poing, il l'étendit à terre.
Ce fût une lutte terrible. La lumière s'éteignit. Antonia criait: «Au viol!» et Julia: «Au feu!» Mais pas un domestique ne bougea pour prendre part à la mêlée. Alfonso, étrillé à souhait, jurait ses grands dieux qu'il serait vengé cette nuit même. Juan, le sang bouillonnant, blasphémait une octave plus haut.
L'épée d'Alfonso était tombée à terre avant qu'il pût en faire usage, et ils continuèrent à lutter corps à corps. Si Juan eût vu l'épée, c'en était fait des jours d'Alfonso.
Le sang commença à couler: heureusement que c'était par le nez. Enfin, Juan réussit à se dégager par un coup adroitement porté, mais il y perdit son unique vêtement. Il prit la fuite en l'abandonnant, comme Joseph. Là s'arrête la comparaison entre les deux personnages.
Enfin on apporta de la lumière. Laquais et servantes survinrent, et un étrange spectacle s'offrit à leur vue: Antonia livrée à une attaque de nerfs; Julia évanouie; Alfonso appuyé contre la porte et pouvant à peine respirer; des débris de vêtements épars sur le parquet, du sang, des traces de pas d'hommes...
Juan avait gagné la porte extérieure du jardin, tourné la clef dans la serrure et refermé du dehors, sans se soucier de ceux qui étaient en dedans.