Il n'avait que cette fille, appelée Haydée, la plus riche héritière des Iles orientales. Elle était si belle que sa dot n'était rien auprès de ses sourires. Comme un arbre charmant, elle croissait dans sa beauté de femme.


Ce jour-là même elle se promenait le long de la grève, au pied des rochers, quand elle avait trouvé Don Juan insensible, pas tout à fait mort, mais presque. Il était nu et, comme de raison, cette vue la blessa. Cependant elle se crut obligée de donner un abri à cet étranger qui se mourait et qui avait la peau si blanche.

Le conduire chez son père, ce n'eût pas été précisément le moyen de le sauver. Le vieillard, en effet, ne se serait pas fait scrupule de le vendre comme esclave dès qu'il eût été rétabli.

Avec les débris du naufrage, les deux femmes avaient pu allumer du feu sans peine.

Haydée et sa suivante s'étaient dépouillées de quelques-uns de leurs vêtements pour faire un lit au naufragé afin qu'il fût plus à l'aise quand il s'éveillerait, car il s'était à nouveau profondément endormi. Puis elles partirent, se promettant de revenir à la pointe du jour avec un plat d'œufs, du café, du pain et du poisson.


Juan dormit comme un sabot, d'un sommeil sans rêves.

Haydée était rentrée chez elle, enjoignant le silence le plus absolu à sa suivante Zoë. Elle dormit, elle, d'un sommeil agité; elle ne cessa de se retourner sur sa couche, rêvant de naufrages et de charmants cadavres étendus sur la grève.