Le fumet de la cuisine de Zoë, qui parvenait à son odorat, contribuait également, à la vérité, à le rappeler à la vie. Il éprouva un grand besoin de manger, surtout un beefsteak.

Mais il dut se contenter de ce qu'on lui offrait. Il commença de dévorer comme un affamé qu'il était. Zoë dut calmer son ardeur, car elle savait qu'il est très dangereux, en pareil cas, de satisfaire sa faim. Elle lui fit comprendre par des gestes qu'il se trouvait, pour le moment, suffisamment restauré.

Ensuite, comme il était à peu près nu, sauf une guenille, elles le vêtirent des vêtements qu'elles avaient apportés. Cela lui fit un costume mi-turc, mi-grec.

Haydée avait essayé de lui parler, mais elle reconnut qu'il ne comprenait rien. Alors elle joignit les gestes au langage. Juan faisait plus attention à ses regards qu'à ses paroles.

Qu'il est doux d'apprendre une langue étrangère des lèvres et des yeux d'une femme aimée!


Chaque jour, à l'aube, heure un peu matinale pour Juan qui aimait à dormir, Haydée se rendait à la grotte. Elle l'éveillait en caressant les boucles de ses cheveux, en exhalant sa fraîche haleine sur sa joue et sa bouche.

Juan devenait peu à peu convalescent. Quand il s'éveillait, il trouvait de bonnes choses devant lui, un bain, un déjeuner et les plus beaux yeux qui aient jamais fait battre un cœur de jeune homme.

L'un et l'autre étaient si jeunes que le bain n'avait rien qui les fît rougir. Haydée voyait en Don Juan l'être dont elle avait rêvé chaque nuit depuis deux ans, celui qu'elle devait rendre heureux, et qui lui donnerait à elle le bonheur.

Il était son bien, son trésor, fils de l'Océan, un précieux débris que lui avaient jeté les vagues, son premier et dernier amour.