Mais Haydée se jeta au-devant de son amant, et non moins résolue que son père:

«Que la mort descende sur moi! s'écria-t-elle. La faute est à moi seule. La mer l'avait porté sur ce fatal rivage. Il ne le cherchait pas. Je lui ai engagé ma foi: je l'aime, je mourrai pour lui. Je connais votre caractère inflexible; connaissez celui de votre fille!»

Ils se regardèrent, et dans leur regard brillait la même expression. Vrai lion, vraie lionne, ils étaient l'un et l'autre capables de se venger.

Le père, après une hésitation, remit le pistolet à sa ceinture. Puis il resta immobile, les yeux fixés sur sa fille, comme s'il eût voulu lire au fond de son âme:

«Ce n'est pas moi, dit-il enfin, qui ai voulu la perte de cet étranger... Bien peu supporteraient un pareil outrage et s'abstiendraient de verser le sang... Mais il faut que je fasse mon devoir... Par la manière dont tu as rempli le tien, le présent est garant du passé... Qu'il dépose son arme, ou, par la tête de mon père, la sienne va rouler devant toi comme une boule!»

En achevant ces mots, il leva son sifflet et en tira un son aigu. Un autre sifflet lui répondit et, au même instant, s'élancèrent en désordre une vingtaine d'hommes.

«Arrêtez ou tuez ce Franc!» leur cria-t-il.

En même temps, par un mouvement brusque, il écarta sa fille et, pendant qu'il la retenait, ses gens s'interposèrent entre elle et Don Juan.

La bande des pirates s'élança sur sa proie, mais le premier tomba l'épaule droite à demi séparée du tronc. Le second eut le visage fendu en deux, mais le troisième, vieux sabreur plein de sang-froid, para les coups avec son coutelas qu'il mania si bien qu'en un clin d'œil il étendit Don Juan à ses pieds, perdant un ruisseau de sang par deux blessures profondes, l'une au bras, l'autre à la tête.

Alors on le garrotta sur place et on l'emporta hors de l'appartement. Le vieux Lambro donna ordre qu'il fût conduit au rivage, où deux navires devaient mettre à la voile à neuf heures.