«J'oubliais le baryton. C'est un joli garçon, mais gonflé d'amour-propre. À peine ferait-il un bon chanteur de rues. Dans les rôles d'amoureux, au lieu de cœur, il montre ses dents.»

L'éloquent récit de Raucocanti fut interrompu à cet instant par les pirates qui, à heure fixe, venaient inviter les captifs à rentrer au cabanon.


Le lendemain, dans les Dardanelles, ils apprirent que, par mesure de précaution, ils seraient enchaînés deux par deux, homme à homme, femme à femme, en attendant la vente au marché de Constantinople.

On avait d'abord hésité à considérer le soprano comme du sexe masculin ou féminin, mais après délibération il avait été rangé du côté des dames. Chaque sexe se trouvait ainsi être représenté en nombre impair. Il fallut donc appareiller un homme avec une femme. Cet homme, par la fatalité, se trouva être Don Juan, et sa compagne une bacchante au visage frais et brillant.

Elle avait des yeux de charbon à travers lesquels on lisait un grand désir de plaire.

Mais les regards de la jolie Romagnole laissaient Don Juan indifférent. Il la considérait d'un œil terne et mort.

Ni sa main qui touchait la sienne, ni les autres parties de son corps charmant qui frôlaient sans cesse le sien, puisqu'ils étaient étroitement enchaînés, ne pouvaient seulement faire battre son pouls plus vite.

L'épreuve était difficile, mais Don Juan en sortit victorieux.