—Il y a encore des arc-en-ciel dans votre firmament; tous les miens ont disparu. Le temps décolore peu à peu les illusions... En attendant, je ne serais pas fâché que quelqu'un nous achetât.»

En ce moment un personnage noir du genre neutre et du troisième sexe s'avança et parut examiner les captifs, leurs âges et leurs mérites avec un soin minutieux.

Puis l'eunuque entama le marchandage avec le trafiquant. Ils débattirent les prix, contestèrent, jurèrent comme s'il se fût agi d'un âne ou d'un veau.

Enfin ils tirèrent leurs bourses en rechignant, comptèrent les sequins et paras, puis le marchand donna son reçu et s'en fut dîner.


L'acquéreur de Juan et de sa nouvelle connaissance les conduisit vers une barque dorée. La traversée fut brève. Ils s'arrêtèrent bientôt dans une petite anse, au pied d'un mur ombragé de hauts cyprès.

Une petite porte de fer s'ouvrit, et ils s'avancèrent à travers un taillis flanqué de chaque côté de grands arbres, puis des bosquets d'orangers et de jasmins.

«Assommer ce vieux noir et puis décamper serait vite fait, dit soudain Juan à son compagnon.

—Mais comment sortir d'ici ensuite? en quelle tanière nous réfugier?»

Un vaste édifice à ce moment s'offrit à leur vue. Cela leur donna du réconfort. Ils avaient faim, ils sentaient déjà un agréable fumet de sauce, de rôtis, de pilafs.