DANS LE FOND DU SÉRAIL
Don Juan chez les demoiselles d'honneur.—Lolah, Katinkah et Dondon.—L'interrogatoire.—Au dortoir.—Dans le lit de Dondon.—Le sommeil des vierges.—Un cri dans la nuit.—L'étrange rêve de Dondon.—Brèves amours.—Le réveil de Gulbeyaz.—Juan et Dondon condamnés à mort.—La fuite.
Gulbeyaz et son maître s'en étaient allés reposer. Ah! que la nuit est longue aux épouses coupables qui brûlent pour un jeune bachelier! Sur leur couche douloureuse, elles appellent la clarté de l'aube grisâtre, tremblant que leur trop légitime compagnon de lit ne s'éveille.
Don Juan, sous son déguisement de femme, s'était, avec le long cortège des demoiselles, incliné devant le regard impérial. Elles reprirent le chemin de leurs chambres, les chambres luxueuses où ces dames reposaient leurs membres délicats, soupirant après l'amour comme l'oiseau prisonnier après les campagnes de l'air.
Don Juan ne pouvait s'empêcher, tout en marchant, de jeter de-ci de-là un coup d'œil furtif sur leurs charmes, leur gorge blanche, leur taille simple. Néanmoins, il se montrait docile à la matrone, la «mère des vierges», qui surveillait leurs évolutions. Cette vénérable personne était préposée à distribuer les punitions.
Dès qu'elles furent arrivées dans leurs appartements, toutes les jeunes filles se mirent à danser, à babiller, à rire et à folâtrer.
Elles examinèrent la nouvelle arrivée, ses formes, ses cheveux, son air, enfin toute sa personne. Quelques-unes étaient d'avis que sa robe ne lui allait pas bien. On s'étonnait qu'elle ne portât point de boucles d'oreilles. Il y en avait qui trouvaient sa taille trop masculine, tandis que d'autres souhaitaient qu'elle le fût tout à fait.
Cependant elles ressentaient toutes pour leur compagne une sympathie involontaire, une bizarre attirance.
Parmi les mieux disposées à cette amitié sentimentale, il y en avait trois surtout: Lolah, Katinkah et Dondon.