Le lendemain, quand fut donné le grand assaut, Juan et Johnson combattirent de leur mieux. Ils avançaient, marchant sur les cadavres, taillant d'estoc et de taille, suant et s'échauffant, gagnant parfois un ou deux pieds de terrain, insensibles au feu qui tombait sur eux comme une pluie.

Bien que ce fût son premier combat, Don Juan ne prit pas la fuite. Il monta vaillamment à l'escalade des murailles.

La ville fut forcée. Le combat dans les rues se prolongea longtemps. Le carnage s'ensuivit. On vit se commettre tous les genres possibles de crimes.

Sur un bastion où gisaient des milliers de morts, on ne pouvait voir sans frissonner un groupe encore chaud de femmes massacrées... Belle comme le plus beau mois du printemps, une jeune fille de dix ans se baissait et cherchait à cacher son petit sein palpitant au milieu de ces corps endormis dans leur sanglant repos.

Deux horribles Cosaques poursuivaient cette enfant. Comparé à ces hommes, l'animal le plus sauvage des déserts de Sibérie a des sentiments purs et polis, l'ours est civilisé, le loup plein de douceur...

Leurs sabres étincelaient au-dessus de sa petite tête dont les blonds cheveux se hérissaient d'épouvante. Quand Juan aperçut ce douloureux spectacle, il n'hésita pas à tomber sur le dos des Cosaques.

Il taillada la hanche de l'un, fendit l'épaule de l'autre, les mit en fuite, puis releva la petite fille du monceau de cadavres où elle s'était cachée et qui, un moment plus tard, fût devenu sa tombe.

Et elle était aussi froide qu'eux, du sang coulait sur son visage, mais ce n'était qu'une petite blessure, et, ouvrant ses grands yeux, elle regardait Don Juan avec une surprise effarée.

Leurs regards se rencontrèrent et se dilatèrent. Dans celui de Juan brillaient le plaisir, la douleur, l'espérance, la crainte... Les yeux de l'enfant peignaient sa terreur et son angoisse.

Sur ces entrefaites passa Johnson: