CHAPITRE VII
CATHERINE DE RUSSIE
Le voyage.—Don Juan reçu à la Cour.—Catherine amoureuse.—Éclatante situation de Don Juan.—Il pense à sa famille.—Épître maternelle.—Maladie de Don Juan.—Son départ en mission.—Catherine se console.—L'amour de Leïlah.—À travers l'Europe.—Débarquement à Douvres.
Juan voyageait dans un kibitka, maudite voiture sans ressorts qui, sur les routes raboteuses, ne laisse pas un os intact. À chaque cahot, il portait ses regards sur l'aimable enfant qu'il avait arrachée à la mort, souhaitant qu'elle ne souffrît pas trop.
Ainsi il parvint à Saint-Pétersbourg et, de suite, fut reçu à la Cour par l'Impératrice Catherine.
L'épée au côté, le chapeau à la main, beau des avantages qu'il tenait de la jeunesse, de la gloire et du tailleur du régiment, Don Juan entra, et sa vue fit sensation. Il était svelte et fluet, pudibond et imberbe, mais il y avait quelque chose dans sa tournure, et plus encore dans ses yeux, qui semblait dire que, sous l'enveloppe du séraphin, il y avait un homme.
Les courtisans ouvrirent de grands yeux, les dames chuchotèrent, et le favori régnant fronça le sourcil.
Quant à Catherine, elle sourit, bien aise de voir le beau messager sur le panache duquel planait la victoire, et quand, fléchissant le genou, il lui présenta la dépêche, occupée à le regarder, elle oublia d'en rompre le sceau.
Enfin, revenant à son rôle de reine, elle ouvrit la lettre. Tous les regards épiaient avec inquiétude les mouvements du visage. Enfin, un royal sourire annonça le beau temps pour le reste du jour.