Tout le monde avait applaudi, Niceto plus fort que les autres.

Mais se voir ravir sa maîtresse en même temps que sa royauté, se sentir frappé coup sur coup dans son amour-propre et dans son amour, c'était trop! En dépit de ses efforts, il commençait à ne pouvoir plus se maîtriser.

Rinalte s'en aperçut et, en hôte averti, s'efforça de trouver un dérivatif.

«Je crois que le moment de s'embrasser est venu», dit-il.

Et se penchant sur sa maîtresse, il la baisa sur la joue.

«Fais passer», dit-il.

Soledad se tourna vers Niceto et lui transmit le baiser.

Niceto, vaguement consolé, s'inclina sur Pandora qui se laissa faire assez docilement. Elle se vengea de son mieux en appliquant un beau baiser sur le cou de l'imberbe Juan.

Mais celui-ci, au lieu de le transmettre, ainsi qu'il le devait, à Magdalena qui déjà tendait la joue, jugea plus agréable de le restituer et posa ses lèvres au coin de la bouche impériale de la Pandora.

Rinalte, diplomate, poussa un grand éclat de rire. Jorge se mit à trépigner de joie. L'attendrissement atteignait chez le vieux guerrier aux dernières limites. Il eût volontiers pleuré.