Tout y était comme il l'avait laissé; la lampe continuait à briller, et sa flamme n'était pas bleue. Il se frotta les yeux qui ne lui refusèrent point leur office. Il prit un vieux journal et le lut sans difficulté. Il s'absorba dans une diatribe contre la personne du Roi.
Cela était bien de ce monde. Néanmoins la main de Juan tremblait. Il ferma sa porte et, sans trop se presser, se déshabilla et se mit au lit. Là, mollement appuyé sur son oreiller, il repassa en son esprit ce qu'il avait vu... Mais peu à peu le sommeil le gagna, et il s'endormit.
Il s'éveilla de bonne heure, se demandant s'il devait parler de l'apparition, au risque de s'entendre traiter en superstitieux. Il s'habilla rapidement avec l'aide de son valet. Il ne prit aucun soin de toilette: ses cheveux tombaient négligemment sur son front, ses vêtements n'avaient pas leur pli accoutumé, et peu s'en fallait que le nœud gordien de sa cravate ne fût trop de côté de l'épaisseur d'un cheveu.
Descendu au salon, il s'assit tout pensif devant une tasse de thé. Chacun s'aperçut de son état de distraction, Adeline la première, mais il lui fut impossible d'en deviner la cause.
Elle le regarda, remarqua sa pâleur et pâlit elle-même, puis elle baissa les yeux. Lord Henry prétendait que ses muffins étaient mal beurrés. La duchesse de Fitz-Fulke jouait avec son voile, regardant fixement Juan sans articuler une parole. Aurora Raby contemplait également Juan avec une sorte de surprise calme.
La belle Adeline crut alors pouvoir lui demander s'il était malade.
«Oui, oui, non, non, peut-être...», répondit-il...
Le médecin de la famille exprima le désir de lui tâter le pouls, mais Juan déclara qu'il se portait très bien.
«On dirait, dit soudain Lord Henry à Juan, que votre sommeil a été récemment troublé par le moine noir.