—Or, j'ai appris à l'instant que sa duègne vient d'être vue en ville parlant avec un certain Don Juan Tenorio, un homme qui n'a pas sur la terre son pareil pour l'audace et la perversité. Jadis, on songea à le marier avec ma fille... Mais en raison de ses vices, de ses crimes, j'ai refusé... Que cet homme songe à se venger, c'est dans sa nature. Il est, paraît-il, revenu de Naples. Je dois être sur mes gardes, car il suffirait à ce fils de Satan d'un jour, d'une heure d'imprévoyance pour ternir mon honneur... Il a séduit cette duègne par ses discours et de l'argent, j'en jurerais... Elle est maintenant au couvent... Je suis venu afin de vous prier d'en finir avec cette vieille femme. Qu'Inès demeure seule et, puisqu'elle l'a voulu, prononce demain les vœux qui la feront disparaître du monde!
—Vous êtes père, et vos inquiétudes se comprennent, commandeur, mais remarquez que vous m'offensez!
—Vous ignorez qui est don Juan!
—Si pervers que vous le peigniez, je vous dis que Doña Inès est en sûreté tant qu'elle sera ici, Don Gonzalo.
—Je le crois, mais allons au fait. Remettez-moi cette duègne et excusez mes idées mondaines.
—On se conformera à vos exigences.»
Sur ce la mère abbesse appelle la tourière.
«Sœur tourière, lui dit-elle, allez donc quérir Doña Inès et sa duègne. Elles ont quitté la chambre.»
La tourière sortit.
«Elles ont quitté la chambre? reprit Don Gonzalo avec inquiétude.