—Vraiment oui, nous nous moquons bien de cela, nous autres, répondit le valet qui tremblait en même temps du blasphème qu'il était obligé de proférer.

—Il suffit, reprit Doña Elvire, qui avait retrouvé sa fierté par tant d'impudence; je ne veux pas en ouïr davantage et m'accuse même d'en avoir trop entendu. C'est une lâcheté que de se faire trop expliquer sa honte, et sur un tel sujet un noble cœur, au premier mot, doit prendre son parti. N'attends pas que j'éclate ici en reproches et en injures: non, non, je n'ai point un courroux à s'exhaler en paroles vaines, et toute sa chaleur se réserve pour sa vengeance. Je te le dis encore, le Ciel te punira, perfide, de l'outrage que tu me fais. Et si le Ciel n'a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d'une femme offensée.»


Don Juan eut en effet maille à partir avec les frères et cousins de Doña Elvire qui s'étaient ligués contre lui. Mais il sauva inopinément l'un d'eux d'une attaque de brigands, en blessa un autre en duel et put ainsi gagner quelque temps.

CHAPITRE VI

LA STATUE DU COMMANDEUR

Visite au cimetière.—Le badinage de Don Juan.—L'invitation.—M. Domingo.—Le souper.—L'orgie.—Les toasts.—La statue de pierre.—Don Juan aux enfers.

Cependant le châtiment approchait. Don Juan était de tous considéré comme un fléau, mais grâce à son courage, à sa ruse, à sa haute naissance, personne ne pouvait l'abattre. Il s'était habitué à l'impunité, et plus rien ne l'eût fait reculer.

La fantaisie le prit un jour de visiter le cimetière de Séville, où repose tout ce qui porta un nom en Castille. Et sur chaque tombe, au grand scandale de Ciutti, il plaisantait des exploits de l'un, des fautes oubliées d'une autre. La vue d'un magnifique mausolée qu'il n'avait pas remarqué encore le surprit: