Mais, à la stupéfaction générale, Don Garcia, apercevant à sa place Don Juan, le salua avec une grande politesse:
«Maraña, lui dit-il, vous êtes un nouveau parmi nous. Mais nos pères furent jadis de grands amis. Si vous le permettez, les fils ne le seront pas moins.
—Seigneur Garcia Navarro, répondit sans se démonter Juan, il me sera doux de profiter à l'Université et même en ville des conseils d'un étudiant aussi savant et expérimenté que vous. J'ignorais que nos pères eussent été ainsi liés, mais vous m'en voyez, en vérité, heureux et flatté.
—Certes, reprit Garcia, je vous ferai connaître Salamanque, et dans tous ses secrets. Mais, pour aujourd'hui, il s'agit d'écouter la parole de ce pédant... Allons, fit-il à l'étudiant qui avait tout à l'heure prévenu Juan, déménage, Perico. Crois-tu qu'un croquant de ton espèce puisse tenir compagnie à un Maraña ou à un Navarro?...»
Le pauvre Perico fila prestement aux derniers bancs de l'amphithéâtre sans se le faire dire deux fois.
«Les méchantes langues, Juan, dit Garcia à son nouvel ami au sortir du cours, vous raconteront que je fus en mon enfance voué au Diable. Mon père, las d'implorer saint Michel pour ma guérison, eut, un beau jour, recours à celui que l'Archange foule aux pieds... Je guéris ainsi d'une maladie désespérée... Tout cela n'est que sotte légende. Je suis un homme libre, indépendant des puissances infernales tout autant que célestes.»
Et ce disant, Don Garcia assurait son chapeau sur le coin de l'oreille et faisait claquer son épée sur ses éperons.
Juan fut cependant étonné que l'étudiant lui proposât d'entrer dans l'église San-Pedro, où se tenait, à cet instant, le dernier office du soir. Il le suivit et, agenouillé, fit sa prière.